Les carnets de Fontsainte

Note pour Kaladji

Fontsainte — 14 mars 2010

J’espere que la vie te traite bien.
J’entends que tu es avec ton amante la-bas au bout du monde et que tu as le temps de t’ennuyer sous les tropiques
Dans mon silence affaire, dans ma retraite chaotique et superficielle, dans l’oeil du cyclone des influences, je suis une fontaine de lucidite heureuse.
Mon amour pour Barbara ne cesse de s’amplifier d’echos et d’espoir de demi-eternite.

Dans mes soucis quotidiens, il me prends de rever que le tour de force va etre possible, que nous pourrons nous mettre a l’abri pour de bon, en quelques annees, passer de l’anonymat certes charismatique dans lequel nous nous baignons, au grand jour, surgir dans le monde avec ma joie intacte, avec la haine consolidee envers l’envie, avec l’audace efficace d’une force virile apaisee, avec une religion meme.

Il me prends de rever que nous pourrions nous mettre a ecrire pour de bon, entreprendre pour de bon, vivre avec la foudre ruisselante de l’amour dans les mains.

Je t’aime et je t’attends pour les grandes manoeuvres -

Déclin de présence

Fontsainte — 13 mars 2010

Tu es la plaie vibrante au cœur de mon silence
Tu es le faste dernier d’une religion abolie
La frontière errante sur le seuil de ta présence.

Je te cherchais dans la chair en chemin vers l’oubli
En laissant ma jeunesse avilie
A la fin du bel été.

La vision pure de l’ordalie brûlait sous tes paupières
Toi la fleur unique dans le jardin qui n’a jamais été

Notre saison nocturne dans la matière
Restera inaccomplie.

Un enfant rêvait de l’exil inespéré des prières
D’un ailleurs absent où vivre l’innocence
L’enfant a disparu avec l’espérance
Tu es cette absence reste la poussière
Qui danse entre les ruines
parmi les feuilles du lierre

Tu as la beauté d’une cité disparue
Tu es la fleur unique dans le jardin qui ne sera jamais
Tu n’es qu’une illusion magnifique
Poésie.

Baptême

Fontsainte —

j’aime ton corps de terre
ton regard aéré à ciel ouvert
j’aime notre sexe somnifère
notre sexe abyssal
notre sexe impair

je t’aime tu voyages en moi comme une source
tu vis en moi comme une source de moi-même
je t’aime belle
matière première

et j’aime tes lèvres chaudes amères
l’offrande de tes rivages
avant la mort l’étrange genèse indiscutable
je t’aime notre enfance ne fut qu’un seul baptême

et j’aime tes mains de mer je t’aime
Tu es la terre entière déployée sous mes yeux

tes mains sont mes plus belles œillères
et j’aime de toi la filière qui mène vers le centre certain
présent,
un peu en arrière de la lumière.

Rébellion Belle

Fontsainte —

Tu es le poète l’adolescent incassable
l’apôtre de la terre.
Insulter tes blessures ne te guérit pas.
Car tu portes en toi l’absolu comme une faille maudite,
et l’appel d’air de créer creuse un horizon fuyard
dans ton regard -tu le sais-
quelque chose est éternel dans ta révolte,
tu ne comprends que trop bien la solitude baroque
que t’inflige la réalité tronquée
et son cortège d’anomalies consenties.

Maintenant pactiser est acte impossible :
alors ausculte nos matières pemières pour
que se prolonge jusqu’à toi l’écho
du séisme essentiel,
tu connaîtras du temps la caresse térébrante ;
déjà la folie te semblera tentation dérisoire
à côté de ce que met à jour
ta lucidité foudroyée.

Toi qui as horreur de ce silence épidémique,
amorce les rythmiques étonnantes,
transfuse des bouffées d’aurores interdites
à qui respire avec préméditation,
que les poètes des temps dépassés crient encore
par ta bouche,
avec eux sans mot dire, tu salueras la mort, la très encombrante voisine,
aux intrusions impudiques,
nous savons tous qu’elle est bien sérieuse ta question :
« Faut-il accepter toutes les clauses de l’existence ? »
Oui non
Oui-tu le sais-
et personne ne te demandera de vulgariser cette alliance exilante,
personne ne t’en voudra non plus de te pourrir l’âme
dans ces paradis infantiles du superflu,
ton départ,
tu l’accompliras dans le don pulvérisé
d’aimer sans recours,
émerveillé par la proximité du grand soleil
en son partage instantané,

et si d’aventure l’ennui domine,
te divertir serait l’erreur,
fais-lui face,
envahis alors ta vie,
déborde l’horizontal,
peu importe que tu ignores
ce qu’il faut dire,
ce qu’il faut taire,

peu importe réalise la fusion de ton amour
de la parole et du silence
dans les poêmes que tu n’écriras pas
par correction.

Dénude ta vie de la terre décolorée,
car c’est à toi d’ingurgiter tous les cloaques :
Tu es le poète l’adolescent
L’homme à l’état pur
L’apôtre de la terre.

Hommage à O. Paz. (1998)

Fontsainte —

Deux corps dans la nuit
sont parfois Lune et Soleil
attendant une éclipse.

Deux corps dans la nuit
ressemblent parfois à des dunes
et la nuit est désert.

Deux corps enlacés
dans la nuit et la mort
sont les racines de la vie.

Deux corps face à face
parfois sont des rives
et la nuit est un fleuve

et nos yeux seront vagues
et l’aube océan
n’atteindra jamais l’horizon.

Caen Mai 1998.

Les Dires du Philosophe (C. Andre)

Fontsainte —

Tu m’as dit mange les yeux de tes frères
Pains d’une lumière corrompue
Tu m’as dit laisse s’accomplir
En toi le bien le mal
Comme un long et cruel baiser de siamois
Tu m’as dit fortifie ton enfance
Fructifie de la mort indestructible
Et danse
Jusqu’au bout du monde
Danse jusqu’au bout de la ronde
De ce monde à bout danse
Tu m’as dit tant de paroles nourissantes
Qu’un jour peut-être à danser
J’aurai faim de les réinventer.

Caen, mai 1999

Nocher

Fontsainte —

sur mes nuits blanches
j’inscris les noms de ma femme
l’ombre affamante de notre vie
sur les marches de l’aurore je déroule le tapis de son sang
sur les tombes qui n’ont plus de nom
j’écris les mots qui n’existent qu’à l’aventure

je remplis cette page, ce bout du monde,
je cherche l’alphabet de ce moment,
j’élabore un solfège éphémère,
je bouscule ma pensée engourdie,
pour te rejoindre,

car tu es un horizon qui m’embrase
tu dors à la manière de la mer
tu es le fleuve savoureux qui parcourt le monde
je suis le nocher

toi parfois lande hostile
je suis le nomade de ton corps
les poêmes que ton sexe me dicte
ne sont que braises
éparses
dans les cendres tièdes de la mémoire
désormais plus rien ne s’oublie
nos actes s’inscrivent à même la peau

Marseille

Fontsainte —

Visage perdu depuis l’enfance
Voyage nocturne dans le clair-obscur de la vie
de la mort Ces corps rêveurs transbordeurs
témoin lointain du présent en partance
mon regard s’en fut
sali par avance

La progression minutieuse la mort
amorcée depuis quelle origine
s’amuse de cette vie en différé
à coups de brusqueries morbides
de chagrins d’entrailles corrosives.

Alors anime les mots
malgré ce panorama négateur du rêve
entre les parois squelettiques des choses
établir des refuges d’étoiles vierges.

Apprends comme s’il n’y avait pas de fin
l’hérésie la poésie

Il y a une méditerranée
au delta de ma bouche
des marées musicales s’épousent
sur le rivage rouge de mes lèvres

(… écume et murmures

rumeurs de rire… )

Matière Première

Fontsainte —

En courant !
J’ai traversée des années lumières,
l’enfance,

matière première,

la joie aveuglante de vivre au cœur
du réacteur où flambent les sources
de couleurs.

Vieux rêve de l’inapparence.

Le Rituel de la Rose

Fontsainte — 30 août 2009

Allumer la lampe de chevet et une cigarette. Eteindre les autres lumières une à une, celle du couloir, celles de la ville, celles des étoiles. Eteindre encore mon intelligence inquisitrice, celle du comptable, celle du prédateur, celle du courtisan. Me laisser envelopper par les volutes baroques de la connaissance, celles de l’amour, celles du voyage, celles du bouquet. Contempler alors le vase où repose la rose qui agonise. Ne m’attendre à rien. Ne plus regarder l’infatigable horloge, la laisser tout à son œuvre d’oubli. C’est l’heure de rien. C’est l’heure de la connaissance par la rose. Luxe que cela.

Pour Barbara - Rome, Juillet 2002.

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