Douleur d’amour dans une chanson.
O manush.
Ce soir retour de trois minutes à six années en arrière : être à présent là-bas quand la rupture se consommait à petit feu et que le gouffre s’élargissait toujours plus.
Diderot - Essai sur la vie de Sénèque le philosophe, sur ses écrits et sur les règnes de Claude et de Néron
De l’apologie de l’épicurisme, Sénèque passe à l’apologie de la philosophie en général. Combien j’ai été satisfait, en lisant les chapitres 17 et 18, d’y trouver les mêmes impertinences adressées à Sénèque, et par les mêmes personnages, que de nos jours. On lui disait, comme à nos sages : « Vous parlez d’ une façon, etc. » Voici comment on attaquait autrefois le stoïcien Sénèque, et la manière dont il se défendait. « Si donc un de ces détracteurs de la philosophie vient me dire, etc. » Tout ce qui précède, tout ce que j’omets, tout ce qui suit, est très beau. Quand on cite Sénèque, on ne sait ni où commencer, ni où s’arrêter. Les philosophes modernes pourraient dire à leurs détracteurs, ce que le sage de Sénèque disait aux siens : « Ne vous permettez pas de juger ceux qui valent mieux que vous, etc. » (XCI- XCII)
Selon Laruelle :
Universalisme = “solution finale”
Or, “solution finale” au sens historique = Shoah.
Laruelle veut-il comprendre le glissement qui fait tomber l’Universalisme abstrait dans l’horreur historique de la Shoah ? Le déclic ?
Laruelle est terrorisé par la totalité, la fermeture du monde sur lui-même.
Il craint peut-être que le mondialisme économique soit la source d’un nouveau totalitarisme, mais cette fois à échelle mondiale.
Cependant, il pose, couche sur couche, deux dimensions : Histoire des idées humaines et Histoire des peuples, sans jamais distinguer la “pensée”, l’intuition de “l’esprit”, de la dialectique historique.
Il n’a rien dépassé du tout et fonde son oeuvre sur la volonté de rester entre deux étapes sans jamais en sortir.
C’est à la mode.
Avec l’accord d’Emmanuel Faye, je reproduis ci-dessous l’un des nombreux éléments décisifs pour clore le débat qui oppose, stérilement, la raison au dénie (p.399 de Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie au Livre de Poche) :
“Faut-il à nouveau souligner que ces propos et cette conception raciale du droit [ ceux d’Erik Wolf, disciple de Carl Schmitt, au soutien desquels Heidegger recourut pour restructurer la faculté de droit de Fribourg] sont à l’évidence approuvés et encouragés par le recteur Heidegger, puisque non seulement il a fait nommer Erik Wolf doyen de la faculté de droit deux mois plus tôt, mais il va refuser la démission que ce dernier lui présente dans une lettre pathétique, le soir même de sa conférence, et le maintenir en poste, au nom du principe du Führer, sans prendre en compte ses arguments. A la suite de cette démission refusée, Heidegger diffuse, le 20 décembre 1933, une lettre à tous les doyens et enseignants de l’université, où l’on peut lire que, dans l’Etat national-socialiste :
“l’individu, où qu’il se tienne, ne compte pour rien. Le destin de notre peuple dans son Etat (prime tout) compte pour tout (gilt alles)“.
Comme le souligne bien E. Faye dans la note relative à ce passage :
“Cette lettre capitale, citée par H. Ott, n’est pas éditée par Hermann Heidegger dans le volume 16 de l’oeuvre dite “intégrale”.”
Il reste que Fédier, Guest, et toute la clique soutiennent qu’Heidegger voulait faire par-là oeuvre de résistance… Mais mon Dieu, où avaient-ils la tête avant que Faye ose publier les abjectes opinions de notre Messkirchois ?! Il va sans dire que telle hypocrisie frise le ridicule. Il est vrai, à leur décharge, que certains intellectuels en mal de notoriété, ou trop jaloux de garder pignon sur rue, sont coutumiers du fait (je pense là à Noam Chomsky qui, outre l’oeuvre de rébellion tout à fait salutaire dont il est l’initiateur, a commis l’erreur irréparable de préfacer une vomissure de Faurisson sans y avoir regardé à une fois…, ce qui présage de la manière dont il envisage son rôle d’intellectuel trop engagé pour avoir le temps de lire.)
Les auteurs de Paroles de Jours, dont j’ai cité quelque part déjà le site internet, insultent, tous autant qu’ils sont, les hommes qui furent forcés, sous l’oppression des régimes de Vichy et de Berlin, d’entrer en clandestinité et de défendre une autre conception de l’individu que celle dont Heidegger bourrait le mou de ses étudiants et collègues.
Or, il est aussi vrai, toujours à la décharge de messieurs les heideggeriens, que la défense du destin de l’individu contre le destin aveugle de la masse et du peuple - que ce dernier soit “massifié” au nom de la nation ou de la race - implique forcément de se mettre hors-la-loi. Chose qu’ils n’oseraient pas même envisager en temps de guerre, puisqu’ils profitent de la paix pour émettre leurs anti-arguments.
J’aime à songer qu’un jour, leurs “paroles” s’abîmeront dans l’histoire de la bêtise et qu’elles figureront au registre des grands mensonges historiques et intellectuels.
J’ai rencontré aujourd’hui un descendant du Ari, Itshak Louria. Beaucoup d’émotion dans notre échange. Lui ne connaissant son ancêtre que par l’arbre généalogique lentement recomposé par son père, moi n’ayant pour raison de ma joie que mes lectures de Gershom Scholem.
Ainsi parlait Zarathoustra, IV° partie, “Le Réveil” (trad. H. Albert)
Mais soudain l’oreille de Zarathoustra s’effraya, car la caverne, qui avait été jusqu’à présent pleine de bruit et de rire, devint soudain d’un silence de mort ; le nez de Zarathoustra cependant sentit une odeur agréable de fumée et d’encens, comme si l’on brûlait des pommes de pin.
“Qu’arrive-t-il ? Que font-ils ?” se demanda Zarathoustra, en s’approchant de l’entrée pour regarder ses convives sans être vu. Mais, merveille des merveilles ! que vit-il alors de ses propres yeux !
“Ils sont tous redevenus pieux, ils prient, ils sont fous !” — dit-il en s’étonnant au delà de toute mesure. Et, en vérité, tous ces hommes supérieurs, les deux rois, le pape hors de service, le sinistre enchanteur, le mendiant volontaire, le voyageur et l’ombre, le vieux devin, le consciencieux de l’esprit et le plus laid des hommes : ils étaient tous prosternés sur leurs genoux, comme les enfants et les vieilles femmes fidèles, ils étaient prosternés en adorant l’âne. Et déjà le plus laid des hommes commençait à gargouiller et à souffler, comme si quelque chose d’inexprimable voulait sortir de lui ; cependant lorsqu’il finit enfin par parler réellement, voici, ce qu’il psalmodiait était une singulière litanie pieuse, en l’honneur de l’âne adoré et encensé. Et voici quelle fut cette litanie :
Amen ! Honneur et gloire et sagesse et reconnaissance et louanges et forces soient à notre Dieu, d’éternité en éternité !
— Et l’âne de braire I-A.
Il porte nos fardeaux, il s’est fait serviteur, il est patient de cœur et ne dit jamais non ; et celui qui aime son Dieu le châtie bien.
— Et l’âne de braire I-A.
Il ne parle pas, si ce n’est pour dire toujours oui au monde qu’il a créé ; ainsi il chante la louange de son monde. C’est sa ruse qui le pousse à ne point parler : ainsi il a rarement tort.
— Et l’âne de braire I-A.
Insignifiant il passe dans le monde. La couleur de son corps, dont il enveloppe sa vertu, est grise. S’il a de l’esprit, il le cache ; mais chacun croit à ses longues oreilles.
— Et l’âne de braire I-A.
Quelle sagesse cachée est cela qu’il ait de longues oreilles et qu’il dise toujours oui, et jamais non ! N’a-t-il pas crée le monde à son image, c’est-à-dire aussi bête que possible ?
— Et l’âne de braire I-A.
Tu suis des chemins droits et des chemins détournés ; ce que les hommes appellent droit ou détourné t’importe peu. Ton royaume est par delà le bien et le mal. C’est ton innocence de ne point savoir ce que c’est que l’innocence.
— Et l’âne de braire I-A.
Vois donc comme tu ne repousses personne loin de toi, ni les mendiants, ni les rois. Tu laisses venir à toi les petits enfants et si les pécheurs veulent te séduire tu leur dis simplement I-A.
— Et l’âne de braire : I-A.
Tu aimes les ânesses et les figues fraîches, tu n’es point difficile pour ta nourriture. Un chardon te chatouille le cœur lorsque tu as faim. C’est là qu’est ta sagesse de Dieu.
— Et l’âne de braire I-A.