Le blog de Lionel Duvoy

Lionel Duvoy — 30 juillet 2007

Le livre porte témoignage d’un esprit qui travaille.
Il expose au-dehors la pensée recueillie.
Telle coquille d’escargot, prolongement pétrifié d’un organisme spongieux de limace, pourrait être son image. Mais il manque à l’escargot une certaine vocation à se dessécher.
Alors, en voyant ma fille observer cette masse gluante d’intelligence se traîner sous le poids de sa spirale osseuse, je songe au temps qu’il faut pour devenir sec ; que, tel l’escargot, l’homme suit le chemin inverse de celui indiqué par les sages ; qu’il aime l’humide, l’agir, la nage au milieu de la mer du monde et des hommes.
Peut-être est-ce là pour certains le moyen de ramener quelque specimen d’une espèce d’arthropodes dont l’évolution biologique tendrait manifestement à envahir la terre et ses espaces vides.
Escaligot

Voici : nous avons la preuve que l’homme se perfectionne en l’existence du Bernard-l’hermite, dont on dit que l’abdomen est tendre comme la chair cuite d’une crevette et qu’il mène une lutte sans merci contre ses congénaires pour obtenir la meilleure coquille vide de la plaine sous-marine.
Diogène l’avait compris : Bernard l’Hermite est le patron des hommes peu sages qui s’efforcent de le devenir, au contraire de ce que son disciple, aux dires de Marcel Schwob, mettait en pratique de la philosophie du chien (Voyez les Vies imaginaires) “Arrivé dans Athènes, il (Cratès) erra dans les rues, se reposant le dos contre les murailles, parmi les excréments. Il mit en pratique tout ce que conseillait Diogène. Son tonneau lui sembla superflu. À l’avis de Cratès, l’homme n’était point un escargot, ni un bernard-l’hermite. Il demeura tout nu dans l’ordure, et ramassa les croûtes de pain, les olives pourries et les arêtes de poisson sec pour remplir sa besace. Il disait que cette besace était une ville large et opulente où on ne trouvait ni parasites ni courtisanes, et qui produisait suffisamment pour son roi du thym, de l’ail, des figues et du pain. Ainsi Cratès portait sa patrie sur son dos et s’en nourrissait.”
Quel homme en serait capable ?

Lionel Duvoy — 27 juillet 2007

ça ne vient pas.
Je ne parviens pas à l’écrire.
Et cependant je le couve sans l’étouffer.
Il brasille. Ne brûle pas encore.
Un souffle est attendu, qui serait suffisamment concentré pour enflammer mon bois.
L’étincelle a été donnée.

Lionel Duvoy —

Faut-il porter en soi le feu
Pour être ?
Ou
Le suspendre au firmament ?

Lionel Duvoy —

Rien en avant qu’activité ininterrompue pour le compte de la suite musicale des vivants qui viendront
Rien pour nous-mêmes qu’un instantané dans la mémoire de l’enfant - qui versera, dans le mer, des larmes
Rien qu’une succession de coups sur l’enclume de la matière et des âmes qui nous font face
Puis l’eau salée
Rien au fonds qu’activité ininterrompue et pluie - tout cela sans autre motif et fin que la mémoire qui, homme encore, adviendra
Jusqu’à la fin

Lionel Duvoy — 10 juillet 2007

Le puro rend instantanément heureux. Légèrement ivre et heureux.
Qui plus est, le soleil : il ne s’était pas montré depuis trois jours.
Le voici à présent qui réchauffe le pavé détrempé et lui donne des aires de village mexicain huastecos : quand, à la végétation gorgée de sève et d’eau, se mêlent les odeurs de bitume et de poussière évaporées.

A Sam

Lionel Duvoy —

J’écris pour toi, ma chère et tendre, après que le ciel soit passé ; et ses trombes t’ont rendue plus belle.
Sans ce défi, au pied de la Chapelle, de vivre le restant de notre vie ensemble, alors que nous nous connaissions de la veille, aurais-je enraciné mes pieds infatigables dans la vie bourgeoise qui soude les destins ?
Tu m’as fait ou, pour le moins, amené à moi-même, par la main violente qui, parfois, parle par ton seul corps. Car tu n’es ni mauvaise, ni bonne, ni encline au calcul.
Ta traversée héroïque a toujours été brève ; ton talon : ton coeur.