Le livre porte témoignage d’un esprit qui travaille.
Il expose au-dehors la pensée recueillie.
Telle coquille d’escargot, prolongement pétrifié d’un organisme spongieux de limace, pourrait être son image. Mais il manque à l’escargot une certaine vocation à se dessécher.
Alors, en voyant ma fille observer cette masse gluante d’intelligence se traîner sous le poids de sa spirale osseuse, je songe au temps qu’il faut pour devenir sec ; que, tel l’escargot, l’homme suit le chemin inverse de celui indiqué par les sages ; qu’il aime l’humide, l’agir, la nage au milieu de la mer du monde et des hommes.
Peut-être est-ce là pour certains le moyen de ramener quelque specimen d’une espèce d’arthropodes dont l’évolution biologique tendrait manifestement à envahir la terre et ses espaces vides.
Voici : nous avons la preuve que l’homme se perfectionne en l’existence du Bernard-l’hermite, dont on dit que l’abdomen est tendre comme la chair cuite d’une crevette et qu’il mène une lutte sans merci contre ses congénaires pour obtenir la meilleure coquille vide de la plaine sous-marine.
Diogène l’avait compris : Bernard l’Hermite est le patron des hommes peu sages qui s’efforcent de le devenir, au contraire de ce que son disciple, aux dires de Marcel Schwob, mettait en pratique de la philosophie du chien (Voyez les Vies imaginaires) “Arrivé dans Athènes, il (Cratès) erra dans les rues, se reposant le dos contre les murailles, parmi les excréments. Il mit en pratique tout ce que conseillait Diogène. Son tonneau lui sembla superflu. À l’avis de Cratès, l’homme n’était point un escargot, ni un bernard-l’hermite. Il demeura tout nu dans l’ordure, et ramassa les croûtes de pain, les olives pourries et les arêtes de poisson sec pour remplir sa besace. Il disait que cette besace était une ville large et opulente où on ne trouvait ni parasites ni courtisanes, et qui produisait suffisamment pour son roi du thym, de l’ail, des figues et du pain. Ainsi Cratès portait sa patrie sur son dos et s’en nourrissait.”
Quel homme en serait capable ?