Avec l’accord d’Emmanuel Faye, je reproduis ci-dessous l’un des nombreux éléments décisifs pour clore le débat qui oppose, stérilement, la raison au dénie (p.399 de Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie au Livre de Poche) :
“Faut-il à nouveau souligner que ces propos et cette conception raciale du droit [ ceux d’Erik Wolf, disciple de Carl Schmitt, au soutien desquels Heidegger recourut pour restructurer la faculté de droit de Fribourg] sont à l’évidence approuvés et encouragés par le recteur Heidegger, puisque non seulement il a fait nommer Erik Wolf doyen de la faculté de droit deux mois plus tôt, mais il va refuser la démission que ce dernier lui présente dans une lettre pathétique, le soir même de sa conférence, et le maintenir en poste, au nom du principe du Führer, sans prendre en compte ses arguments. A la suite de cette démission refusée, Heidegger diffuse, le 20 décembre 1933, une lettre à tous les doyens et enseignants de l’université, où l’on peut lire que, dans l’Etat national-socialiste :
“l’individu, où qu’il se tienne, ne compte pour rien. Le destin de notre peuple dans son Etat (prime tout) compte pour tout (gilt alles)“.
Comme le souligne bien E. Faye dans la note relative à ce passage :
“Cette lettre capitale, citée par H. Ott, n’est pas éditée par Hermann Heidegger dans le volume 16 de l’oeuvre dite “intégrale”.”
Il reste que Fédier, Guest, et toute la clique soutiennent qu’Heidegger voulait faire par-là oeuvre de résistance… Mais mon Dieu, où avaient-ils la tête avant que Faye ose publier les abjectes opinions de notre Messkirchois ?! Il va sans dire que telle hypocrisie frise le ridicule. Il est vrai, à leur décharge, que certains intellectuels en mal de notoriété, ou trop jaloux de garder pignon sur rue, sont coutumiers du fait (je pense là à Noam Chomsky qui, outre l’oeuvre de rébellion tout à fait salutaire dont il est l’initiateur, a commis l’erreur irréparable de préfacer une vomissure de Faurisson sans y avoir regardé à une fois…, ce qui présage de la manière dont il envisage son rôle d’intellectuel trop engagé pour avoir le temps de lire.)
Les auteurs de Paroles de Jours, dont j’ai cité quelque part déjà le site internet, insultent, tous autant qu’ils sont, les hommes qui furent forcés, sous l’oppression des régimes de Vichy et de Berlin, d’entrer en clandestinité et de défendre une autre conception de l’individu que celle dont Heidegger bourrait le mou de ses étudiants et collègues.
Or, il est aussi vrai, toujours à la décharge de messieurs les heideggeriens, que la défense du destin de l’individu contre le destin aveugle de la masse et du peuple - que ce dernier soit “massifié” au nom de la nation ou de la race - implique forcément de se mettre hors-la-loi. Chose qu’ils n’oseraient pas même envisager en temps de guerre, puisqu’ils profitent de la paix pour émettre leurs anti-arguments.
J’aime à songer qu’un jour, leurs “paroles” s’abîmeront dans l’histoire de la bêtise et qu’elles figureront au registre des grands mensonges historiques et intellectuels.