De l’élection chez Nietzsche : ébauche (2002)
L’interprétation du poème de Zarathoustra appelle le désaccord qui permet à l’idée paradoxale de communauté des solitaires de se réaliser autour de la pensée de l’éternel retour. L’autre danger d’un discours de la certitude scientifique aurait été celui de laisser libre cours à l’antique jeu sectaire du : “nous qui savons, contre le reste du monde qui est dans l’erreur”. Ainsi, l’élection, au sens nietzschéen, ne consiste pas à isoler un petit groupe de fidèles possédant la clé de lecture de l’éternel retour - comme Bataille a pu le croire en fondant sa société ésotérique -, mais à s’adresser aux individus isolés (voués d’ailleurs à le rester dans la communauté des solitaires, communauté invisible et irréelle, existant uniquement grâce à la persévérance des solitaires dans leur esseulement). L’histoire de la littérature et de la philosophie ont d’ailleurs ce point de ressemblance avec l’idée nietzschéenne d’une communauté des solitaires, qu’elles mettent en scène le rapport qu’entretiennent entre eux les individus les plus seuls (poètes et philosophes). Cette communauté n’est donc qu’un rapport, dont les termes ne sont pas les idées, mais les valeurs de ces idées. Car aucune communauté ne peut se construire sans le vinculum de la valeur. Ainsi Nietzsche séduit-il les jeunes, parce que, comme tout penseur se cherchant des adeptes, il mise sur le problème de la valeur plus que du sens.