Le blog de Lionel Duvoy

Lettre à un ami qui me demande ce que je pense des rapports de Heidegger avec le nazisme…

Lionel Duvoy — 22 avril 2007

Cher X.,

Pour ce qui est des défenseurs d’Heidegger, je te dirai d’emblée qu’il s’agit pour eux de justifier une large frange de la philosophie française, et en premier lieu - quoiqu’ils s’en défendent - l’oeuvre de Jean-Paul Sartre, intellectuel de la “révolution” plus que nazi, tu en conviendras.
Seulement, le livre de Sartre L’Etre et le Néant est tout entier un mauvais commentaire de la thèse d’Heidegger, Sein und Zeit (Etre et Temps), une adaptation en français de l’idéologie heideggerienne.

Selon moi, défendre Heidegger revient à vouloir mettre notre tradition intellectuelle à l’abri des critiques qu’on est légitimement et moralement en droit de lui adresser, compte tenu de la large adhésion des penseurs des années 30 aux courants totalitaires du XXème siècle.

Dans un texte célèbre paru en septembre 1944 dans le journal Les Lettres Françaises qu’avaient fondé dans la clandestinité de l’occupation Louis Aragon et Jean Paulhan, Sartre écrit ” Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande “. Cette phrase parut le type même du paradoxe scandaleux, provoquant. En fait, le paradoxe n’est qu’apparent. Il implique pour être saisi une notion nouvelle de la liberté : il ne suffit pas d’être libre au sens politique pour être libre au sens métaphysique. Outre que la zone dite ” libre ” était tout aussi asservie que la zone occupée, la liberté surtout se conquiert, est tout entier un combat, pour reprendre le titre du journal que Camus dirigea à la libération. Or elle ne peut se conquérir que contre l’asservissement. Dans L’être et le Néant paru durant l’occupation allemande, Sartre écrivait déjà : ” Ôtez la défense de circuler dans les rues après le couvre-feu et que pourra bien signifier pour moi la liberté (qui m’est conférée, par exemple, par un sauf conduit) de me promener la nuit ? ” Aussi bien nous ne naissons libres que parce que la liberté n’est pas un droit octroyé mais un fait auquel nous sommes condamnés. Encore faut-il assumer ce fait, ne pas se le masquer. Dès lors la liberté ne s’éprouve vraiment que dans une situation limite. La situation n’est pas un simple cadre pour une liberté indépendante, autonome ; elle est la définition ou délimitation même, ce à partir d’où commence la liberté.” (tiré d’un site de philosophie pour classes de terminales)

Le débat actuel est donc plombé, car la liberté au sens de notre cher Sartre n’est palpable et viable que sous un régime d’asservissement : dans la clandestinité. Liberté réservée à ceux que la mort n’effraie pas, la paix n’étant qu’un pis allé de la part de ceux qui ont peur de devoir combattre pour leur liberté. En tous les cas, Sartre est apologiste de la guerre perpétuelle. De la part d’un intellectuel qui savait très bien que les USA viendraient libérer l’Europe, c’est un peu facile. Sartre porte déjà un regard rétrospectif sur les événements qu’il est en train de vivre, trahissant par-là même un art de pacotille : celui de rendre des oracles en connaissance de cause…

Les défenseurs actuels d’Heidegger ont secrètement mauvaise conscience de porter encore dans leurs flancs une pensée qui a nourri la destruction nazie. Aujourd’hui, elle ne sait comment se dépêtrer de la superposition des couches successives dont les traducteurs officiels d’Heidegger ont enveloppé ses mots. Alors, sur l’une et l’autre rive du Rhin, on se renvoie la balle. Chacun prend hypocritement pour mobile de sa propre connerie les errances des penseurs du camps adverse.

Voici en gros le sophisme qui gouverne ce processus de réhabilitation de Heidegger :

Proposition A : Heidegger est de formation philosophique et théologique.
&
Proposition B : Toute philosophie a pour dessein de donner une méthode. Toute théologie a pour vocation de construire un système du divin (Thomas d’Aquin) voire de l’Etre en tant qu’Etre (métaphysique d’Aristote : on sait que chez Aristote, la question ontologique débouche, d’après l’heideggerien “modéré” P. Aubenque, sur la nécessité du système théologique, donc sur la référence à un premier moteur animant le tout : on est là très près de l’idéologie d’Heidegger, qui voit en Hitler ce moteur-guide de la masse allemande (Führer). Une aubaine que la philosophie systématique pour l’idéologue)
&
Proposition C : La pensée philosophique doit se détacher du monde sensible, s’élever contre le monde en mouvement, contre les “étants” selon Heidegger (E. Faye), pour que dans l’angoisse paralysante et saisissante provoquée par l’idée de notre propre mort, nous n’ayons plus la faculté de juger du réel. Pour Heidegger, l’homme, ou plutôt l’existence humaine - plus essentielle en tout cas que l’homme -, est le fait d’exister (dasein, traduit en français par une locution barbare : être-là) dans le temps sans être vraiment (toute cela remonte au vieux Parménide, sur le poème duquel Heidegger se base pour énoncer sa grande vérité creuse selon laquelle “l’homme ne pense pas encore”). D’où l’existentialisme de Sartres (et non celui de Camus). Ce non-être de l’existence humaine, cette mort des vivants, est tout entière dans l’idéologie nazie. On ne renaît pas, on périt de vivre.

Conclusion : Heidegger a vu dans le nazisme une méthode politique efficace pour édifier un système capable de combler la pensée (c’est-à-dire l’être : équivalence parménidienne) . Donner à éprouver l’angoisse de la mort par la terreur des SS et des SA serait un moyen de rendre l’homme plus proche de sa dimension existentielle. Mais quel délire !
Eduquer l’homme à penser qu’il ne pense pas encore, c’est-à-dire de manière existentialiste, ou, pour l’exprimer autrement, avec, à chaque instant de sa vie, l’angoisse de sa propre mort.

La phrase de Montaigne “philosopher c’est apprendre à mourir” n’a rien à voir avec la thèse d’Heidegger. Elle pourrait tout au plus permettre aux avocats d’Heidegger d’annoncer que son idée était déjà inscrite dans la pensée frnaçaise.

Non. “Apprendre à mourir” renvoie chez Montaigne, non pas à l’angoisse de mort, mais à la conscience lucide (toute contraire à l’angoisse, tu en conviendras…) de n’être que de passage (”Le monde est une branloire pérenne”, Montaigne encore)

Ainsi, qu’Heidegger ait adhéré au parti nazi n’a rien d’une erreur de jeunesse (je te renvoie sur ce point à l’excellent article de Roger-Pol Droit sur le livre de Victor Farias, Heidegger et le nazisme, à l’adresse suivante : http://www.caute.lautre.net/article.php3?id_article=1392) dont je te donnes extrait :

En 1923, déjà, alors qu’il enseigne la théologie à Marbourg, l’association étudiante Akademische Vereinigung - « apolitique »… mais excluant de ses rangs « tout élément juif ou de couleur » - recommande chaleureusement de suivre ses cours. En 1930, c’est au cours d’une fête de la « Patrie badoise » que Heidegger prononce la première version (non publiée) de la conférence intitulée « L’essence de la vérité ». Le président d’honneur est Eugen Fischer, fondateur et dirigeant, depuis 1927, de l’Institut d’hygiène raciale. Le rôle bien connu de cet organisme dans les expériences conduites par les SS dans les camps de la mort n’empêchera par Heidegger d’adresser, en 1960, un de ses livres à Eugen Fischer, avec ses « cordiales salutations de Noël et ses vœux de Nouvel An ».
Le rectorat ne serait donc ni un épisode ni une parenthèse. Au printemps 1933, le pays de Bade est mis au pas : les sociaux-démocrates sont en camp, les syndicats muselés, les juifs molestés. Le 1er mai, Heidegger adhère au Parti nazi. Les archives révèlent qu’il en resta membre jusqu’en 1945, payant ponctuellement ses cotisations. De l’année d’activité du recteur de Fribourg, Victor Farias dresse un tableau consternant. Il y a le fameux discours du 27 mai 1933, que l’on connaît déjà. On sait moins, en revanche, qu’il devint une sorte de classique du nazisme, très prisé des organisations étudiantes. Il fut réédité par trois fois, dont la dernière, à cinq mille exemplaires, en 1937, en un temps où la censure exigeait du solide.
Au cours de sa gestion, Heidegger en fait trop. Il s’engage à fond dans des mesures destinées à révolutionner l’Université, à changer la vie des étudiants dans le sens de la conception national-socialiste du monde. S’il démissionne aussi brusquement, ce n’est pas saisi d’un repentir soudain, ou pour manifester une tardive résistance, mais parce que sa fraction a été battue. Sa désillusion, selon Victor Farias, fut de voir Rudolf Hess remplacer Röhm, c’est-à-dire une ligne SS de gestion du pouvoir et de compromis efficaces l’emporter sur le courant populiste et radical des SA. Ainsi, par la suite, les dirigeants nazis se seraient-ils méfiés, non pas d’un possible adversaire, mais d’un « révolutionnariste » trop impétueux.
Méfiance toute relative. En 1945 Heidegger dira qu’après le 30 juin 1934 (la « nuit des longs couteaux », l’élimination des SA), ceux qui acceptaient des fonctions officielles à l’Université savaient avec quel pouvoir ils travaillaient. Or lui-même participe, en septembre 1934, à l’élaboration d’un projet d’« Académie des professeurs du Reich », sorte d’institut d’élite destiné à former les maîtres de l’avenir. à la demande du secrétaire d’État Wilhelm Stukart (un des auteurs des lois raciales de 1935, qui participera à la conférence de Wannsee mettant en route la « solution finale » et sera jugé à Nuremberg comme criminel de guerre), Heidegger soumet un projet détaillé. Il y est notamment question de « repenser la science traditionnelle à partir des interrogations et des forces du national-socialisme
».

C’est bien plutôt après la guerre qu’Heidegger a commis une erreur - stratégique, et non de jeunesse -, donc abjecte : celle de continuer à enseigner alors même qu’il était encore nazi ; et l’erreur est encore plus grande - pour ne pas dire qu’il y a là malignité - quand les penseurs contemporains veulent à tout prix en faire un penseur honnête et naïf.

En fait, pour en avoir moi-même fait l’expérience lors de ma deuxième année de philosophie, on pourrait expliquer l’attachement à Heidegger à un tout autre facteur : celui de sa langue et de la manière dont les soit-disant germanistes de France l’ont traduite.

La langue d’Heidegger a quelque chose de la solution évidente, qui se boit sans trop de dégoût - contrairement, par exemple, à la langue de Hegel qui, rendue en français, est proprement imbuvable quand certains s’essayent à le traduire comme on a traduit Heidegger… -, mais qui ouvre sur l’horizon d’une vision ininterrompue : disons l’horizon ontologique ?
Qui plus est, ses singeries pseudo-phénoménologiques consistant à réduire le rapport de l’homme à l’Etre à la relation d’un Dasein (existant) quelconque à son propre horizon (la mort) de finitude, voilà qui charme les esprits attirés par le matérialisme, mais qui n’ont pas de justification “philosophique” pour asseoir leur posture.

C’est par son art de dire et de fasciner qu’Heidegger a su retenir ses étudiants. Son système, néanmoins, n’ouvre sur rien d’autre qu’un “vide intérieur” : la condition du da-sein indéterminé, si ce n’est - voilà sa solution! arrivant à point nommé pour les petits étudiants adhérant au parti nazi - par le “soucis d’exister”, donc de survivre… (catégorie ontique, de l’étant, du monde sensible) et, plus fondamentalement, par l’angoisse sans objet de la mort (puisque, en bon sophiste, Heidegger utilise le motif de la mort en sachant pertinemment bien que la mort n’est pas objet d’expérience, et que l’angoisse, pour être sans objet, pourrait tout aussi bien être le signe d’activités pulsionnelles, donc vitales ; pour Heidegger, qui était nazi, la mort reste la contre-expérience par excellence, celle pour laquelle l’homme doit être saisi d’angoisse à l’idée de la vivre. Contradictio in adjecto)

L’homme nouveau d’Heidegger, patriote, fort, etc. est cet homme capable d’affronter son angoisse en lui prêtant une raison d’être qui n’est pas. On angoisse de rien… donc on angoisse de ce qui n’est pas : de la privation de notre propre être-là.
La mort à chaque instant : autrement dit, le modèle du chrétien (expérience symbolique de la mort, appauvrie par des siècles de cléricalisme) ou… du SS (expérience réelle par la mort de l’autre et surtout sa déchéance) On dira que l’on va un peu loin. Mais on dira ce qu’on voudra : la vérité se prend avec des gants ; ce sont ceux de la probité.

Cependant, Heidegger a été clair sur un point : la mort de l’autre ne provoque que la peur, l’angoisse étant vraiment propre au sujet, à son intimité.

La mort est le moment de la vraie solitude, celle par laquelle, selon Heidegger, on peut, en y méditant penser ce qui n’est pas encore pensé, mais que la pensée, sans le savoir, aspire à penser… Heidegger, cela va sans dire, est anti-nietzschéen et anti-spinoziste :
- Spinoza : le monde est l’expression vivante de Dieu. La méditation sur la vie et sur la puissance des corps est ce qui doit intéresser la philosophie. Le reste est vide.
- Nietzsche : le monde est un tissu de forces en conflit perpétuel qui, parce que leur nombre est limité, reforment indéfiniment les mêmes combinaisons “mathématiques”, “chimiques” et “énergétiques”. Ce mécanisme doit être acquiescé par l’homme supérieur. Mais pour pouvoir l’acquiescer, il faut savoir créer, c’est-à-dire soi-même contribuer au retour des combinaisons de forces.
Pas de postivisme chez Heidegger : un vrai nihilisme !
Régression post-nietzschéenne. Alors même qu’il prétend le dépasser… Quelle vanité. Devenir Calife à la place de celui que la soeur de Nietzsche a couronné postmortem roi de la pensée nazie.
Heidegger a voulu être le penseur du nazisme, non pas malgré lui comme ce fut le cas pour Nietzsche qui s’élève bien au-delà du matérialisme national-socialiste, mais par choix profond.

Par exemple, quand Heidegger dit que Nietzsche a dépassé la métaphysique, il se trompe. Nietzsche a réinstauré en philosophie l’exigence de la pensée pythagoricienne.

Selon moi, Heidegger était un imposteur.

Quant aux extraits que tu m’as communiqués, en voici quelques explications :
(Birault)
« Le message est un envoi (jusque là rien de neuf, si ce n’est que Birault veut dire par-là que le message ne question n’est pas gisant, mais dynamique : on le reçoit, comme une subite révélation); cet envoi est celui d’une invitation (nature de l’envoi : une invitation. Ventant de qui ? de quoi ? de l’être ? Les heideggeriens procèdent par “écrémage” des couches successives du sens. Il aiment déshabiller les idées communes au lieu de contempler les idées célestes. Ils procèdent par tautologie. Ainsi se sentent-ils investis d’un certain pouvoir, en violant la langue) ; cette invitation est une invitation (Ein-ladung : litt. Pour Heidegger, qui utilise le mot : une citation à comparaître) adressée à la pensée. Mais la question se pose : à quoi la pensée se trouve-t-elle ici invitée ou conviée ? (…ou convoquée. Là, Birault pose sa problématique comme s’il s’agissait d’un grand mystère, mais en réalité, il n’y en a pas. Lui-même nous le dit : à question débile, réponse débile…) La réponse à cette question est d’une simplicité désarmante : la pensée est invitée à la pensée elle-même (CQFD : quand on ne sait pas quoi dire, on parle pour ne rien dire. Quand un heideggerien ne sait pas ce que vise vraiment la pensée, savoir la vérité, dieu, etc. tout ce dont l’essence nous échappe finalement, tout ce dont on ne peut rien dire, on n’a plus qu’à se masturber - pardonne mon humour un peu scabreux, mais c’est exactement cela - intellectuellement).

Les puissances trompeuses de l’âme
Une parole de Pascal dit : l’homme est l’animal raisonnable qui n’agit point par la raison qui fait son être. On pourrait, en parodiant cette parole, dire que l’homme est, pour Heidegger, l’être pensant qui ne pense pas ou qui ne pense toujours pas encore. Cette non-pensée de la pensée se situe dans l’élément de la pensée et relève donc de la pensée. (pour comprendre cela, il faut se référer aux conférences d’Heidegger, Qu’appelle-t-on penser ?, LE classique du narcissisme heideggerien où l’on n’apprend rien finalement qu’à ne plus penser. Heidegger part de Parménide.
Parménide et Zénon d’Elée soutenaient, en gros, que l’on ne peut pas penser autre chose que ce qui est. Jusque là, tout va bien. On ne peut pas penser le non-être, le néant, ce qui n’est pas. Là ça se complique, mais ça reste compréhensible. On ne peut pas dire IL N’EST PAS, mais seulement IL EST.
Ex : si je dis “mon stylo est bleu”, je donne à mon stylo la définition d’une de ses qualités secondaires à savoir la couleur bleu. Donc mon stylo n’est pas un stylo, mais il est bleu. Or, dire que mon stylo n’est pas un stylo parce que le verbe être, dans la phrase “mon stylo est bleu” nie l’essence du stylo en tant que stylo, cela avait soulevé un problème de taille pour les Grecs. Ces derniers virent là une impuissance propre au langage naturel à dire l’Etre en tant qu’être, c’est-à-dire le fait que les choses sont, sans nier à chaque fois l’essence de ces choses, donc ce qu’elles sont. Pour Parménide, pas de solution : il faut penser : “IL EST” et rien d’autre, suspendre son discours. D’un autre côté, il faut accepter de tenir la position intermédiaire pour pouvoir continuer à vivre avec les hommes - problème politique -, position indiquée par Aristote. Parménide appelle donc les hommes des Dikranoï (les humains à deux têtes, que sont tout aussi bien les philosophes. Mais ces derniers en sont devenus conscients. Le symbole de Janus, une tête étant pour l’ETRE, une autre pour ce qu’Heidegger nommera, avec Aristote, les ETANTS, toutes les choses soumises au temps, au devenir, à la corruption et à la mort. L’essence même du monde sensible serait donc, pour Heidegger toujours, sa vocation à la mort. )

Autrement dit, pour Parménide, l’unique solution est pythagoricienne : mettre les sages au pouvoir, c’est-à-dire des hommes qui soient sentinelles de l’Etre mais malgré tout promoteurs des sciences de la nature (physiciens), c’est-à-dire d’une langue qui rende compte des ETANTS mathématiquement, selon leurs structures invariables, ontologiques. Pas de désespoir chez les Grecs : un grand pessimisme lucide dira Nietzsche, et une moralité très forte, qui les empêche précisément de sombrer à cause de cette pensée. A l’inverse, Heidegger, lui, reprend Parménide, mais pour mettre l’accent sur le caractère corruptible de la face sensible de l’Etre. C’est un pessimiste désespéré, donc dangereux : nihiliste)

À partir de là se découvre déjà une thèse étonnante de Heidegger, celle que l’on pourrait intituler : du caractère second ou secondaire des facultés ou des puissances trompeuses de l’âme. (ce qui veut dire que Heidegger refuse d’occuper la position intermédiaire de Parménide et de Pythagore qui fut, d’après des témoignages, le maître du maître à penser de Parménide. Heidegger ne veut retenir que la notion d’impuisssance à penser et à dire L’ETRE en tant qu’être. Pour Heidegger, les sciences ont, en tous les cas, épuisé leurs atouts - la technique menace de toute détruire : il écrit cela après Hiroshima. Donc il faut une nouvelle solution politique : il ne faut pas que des sages du style de Parménide occupent les plus hautes fonctions et donnent des lois à leur cité, mais que le peuple se révolte au nom de la patrie et de la nature, de la face originelle et authentique de l’Etre, etc. nazis nazis. Ici , il n’y a aucun lien, ce qui démontre une fois de plus selon moi qu’Heidegger était un charlatan qui utilisait la philosophie pour cautionner l’idéologie nazie).
En effet, la non-pensée (l’impossibilité de penser de façon discursive) de ce qui est pourtant le plus digne d’être pensé (savoir l’ETRE, qui, chez Parménide, correspond intimement à la PENSEE), de ce qui demande à être pensé (la demande, selon Heidegger, est exprimée par l’aspiration à atteindre l’Etre, la métaphysique et la religion ayant été les premières voies et les seules jusqu’à lui, Heidegger, grand inspirateur (et je ne plaisante pas) des courants “New Age” et socialistes durs dans les années 1950-60), est le fait de la pensée. Il y a ici un détournement ou une diversion de la pensée par la pensée elle-même. Le malin génie de la pensée se situe au cœur même ou dans l’essence propre de la pensée (la pensée se trompe elle-même en voulant absolument penser de manière discursive ce qu’elle ne peut pas penser par ce biais. On est d’accord là-dessus. Mais la solution proposée par Heidegger est d’identifier cet “impensable” : la mort). C’est pourquoi Heidegger peut dire que le méchant ou le malin péril — qui est, par là même, le plus aigu — pour la pensée est la pensée elle-même (savoir, pour prendre un raccourci, le désir irrépressible propre à la pensée de dire la mort, de combler le vide qui la terrifie. Pour Heidegger, qui ne fait pas preuve de beaucoup de santé mentale à ce sujet, ce désir constitue un péril, ce que tout être humain tant soit peu équilibré reconnaîtra être fort dangereux : conjurer la mort par des rites ou par l’occultation (un des mots préférés de Heidegger, mot péjoratif pour lui. Heidegger n’ignorait sans doute pas le caractère tabou de la mort pour les juifs), par le tabou freudien est selon lui la plus grande perversion de la pensée (et allons-y !). Autrement dit, l’histoire humaine religieuse est une erreur pour lui qui, malgré tout, était théologien et philosophe (à quelle plus beau déguisement peut-on aspirer ?). Il lui faut penser contre la pensée (contre la volonté naturelle d’échapper à la mort), dit-il, ce qu’elle ne peut que rarement (évidemment, à moins d’être complètement névrosé… ou mort vivant.)
Ici, donc, s’affirme une origine plus qu’humaine du divertissement (au sens de Pascal), ou encore la signification — ontologique et non pas seulement anthropologique ou humaine — de la distraction (la ‘distraction’ pour Heidegger est un équivalent plus fondamental du divertissement : il se situe sur le plan ontologique : la pensée se distrait elle-même de l’idée de mort, de l’angoisse étreignante que cette idée entraîne, sans que le sujet conscient le sache : c’est en quelque sorte à son insu que cela se produit. Et en quelque sorte, vouloir absolument penser ce qui n’est pas pensable est l’axe fondamental de cette distraction). »

(François Fédier) :
« Dans le Cours du semestre d’hiver 1942-1943, publié comme tome 54 de l’édition intégrale, on peut voir Heidegger déclarer (p. 142) : « Les Grecs sont le peuple impolitique par excellence (das schlechthin unpolitische Volk) ».(sans commentaire : Heidegger n’est qu’un sophiste.)
Cette phrase risque de ne pas être entendue comme il faut, tant que l’on n’y perçoit pas ce qui ne manquait pas de fouetter l’attention des étudiants à qui elle s’adressait - savoir sa critique implicite à l’égard de la « politique » hitlérienne (mais alors, pourquoi mettre le terme “politique” entre guillemets ? Fédier trahit bel et bien son intention de défendre Heidegger en dépit du bon sens et de la logique… un sophiste de plus). Car il ne faut pas oublier le moment où cette phrase a été prononcée : l’hiver 1942-1943, c’est-à-dire l’hiver de la bataille de Stalingrad. » (Peut-être Heidegger désignait-il les ennemis du Reich ? Les Russes n’écrivent-ils pas bizarrement comme des Grecs ? Heidegger, comme tu as pu le constater plus haut, n’a reculé devant rien pour légitimer le nazisme, pas même devant la philosophie ni la théologie catholique… rejetant néanmoins, et c’est là qu’il trahit sa perversité, la tradition juive…)

5 commentaires »

  1. “Donner à éprouver l’angoisse de la mort par la terreur des SS et des SA serait un moyen de rendre l’homme plus proche de sa dimension existentielle.”

    Tu avances des propos complètement paranoiaques & déments m’est avis. Heureusement, tu te reprends juste après :

    “Mais quel délire !”

    ;)

    Commentaire par Ritoyenne — 2 juin 2007 @ 19:22

  2. Comme quoi. S’agit-il d’un délire de ma part ?

    Commentaire par Lionel Duvoy — 4 juin 2007 @ 9:21

  3. “En 1923, déjà, alors qu’il (Heidegger) enseigne la théologie à Marbourg, l’association étudiante Akademische Vereinigung - « apolitique »… mais excluant de ses rangs « tout élément juif ou de couleur » - recommande chaleureusement de suivre ses cours. En 1930, c’est au cours d’une fête de la « Patrie badoise » que Heidegger prononce la première version (non publiée) de la conférence intitulée « L’essence de la vérité ». Le président d’honneur est Eugen Fischer, fondateur et dirigeant, depuis 1927, de l’Institut d’hygiène raciale. Le rôle bien connu de cet organisme dans les expériences conduites par les SS dans les camps de la mort n’empêchera par Heidegger d’adresser, en 1960, un de ses livres à Eugen Fischer, avec ses « cordiales salutations de Noël et ses vœux de Nouvel An ».

    Commentaire par Lionel Duvoy — 4 juin 2007 @ 9:23

  4. C’est lu, lu, lu, rerelu, su et re-su.
    Si ce genre de fait pouvait faire changer d’avis ceux qui gardent un miniumum de recul par rapport aà l’histoire - c’est à dire : pas toi -, ça ferait longtemps alors que la polémique aurait cessé, et que tous se seraient rangés derrière les thèses folles de Faye, Skildy & consors.

    Commentaire par Ritoyenne — 4 juin 2007 @ 13:10

  5. Apprécions à sa juste mesure le langage policier, facho-soviétique de Ritoyenne :
    “…thèses folles de Faye, Skildy et consors”.
    J’estime beaucoup Faye. Mais mon approche a un style différent… C’est quoi “consors”? A quand la camisole chimique?
    C’est ça le débat “ritoyen”?
    La défense cynique et méprisante de Heidegger?
    Skildy

    Commentaire par Skildy — 6 juin 2007 @ 7:48

Fil RSS des commentaires pour cet article. URI de Trackback

Laissez un commentaire