Quelque bribe sur Nietzsche (2002)
Le Christianisme, que Nietzsche tient pour une synthèse barbare de la sauvagerie des instincts orientaux et de la philosophie platonicienne, est la structure occidentale de l’échange entre Orient et Occident. Apollon et Dionysos, la Grèce et l’Orient ont passé un pacte dès leur origine, lors de leur rencontre. Socrate et le Christ, en y mettant fin, ont fait triompher l’alliance du dionysisme avec la moralité occidentale. La doctrine de l’éternel retour veut mettre fin à ce contrat d’échange. Non pas mettre fin à l’une des parties du contrat - s’éloigner de l’Orient, ou de l’occident, adorer l’Orient ou l’Occident, ou rejeter le judéo-christianisme, etc. -, mais mettre sur pied un nouveau cosmopolitisme, qui refuserait le syncrétisme des deux pour penser la mort des nations et des cultures particulières, au profit d’un Etat supranational. En ce sens, le judaïsme seul, débarrassé des instincts orientaux, apparaît aux yeux de Nietzsche comme l’une des solutions à ce syncrétisme (voir Morgenröte). Nietzsche ne refuse pas à l’homme la jouissance nécessaire qu’il se procure en se contemplant dans les œuvres de sa propre raison. En revanche, il objecte aux penseurs du XVIII ème siècle leur désir de créer un droit universel, qui apaiserait une fois pour toute les tensions entre les Etats. Ce droit est une fiction de plus. Mieux, le conflit est nécessaire pour que le droit international soit respecté : “un seul instinct cherche à se soumettre l’humanité” (13 [363], 1885) et à imposer ses valeurs et cette guerre des instincts est elle-même pratiquée parles défenseurs de la paix et de la justice. Une fois l’homme libéré de la morale - et non débarrassé d’elle, puisqu’elle est nécessaire - une fois qu’il a compris, avec Montesquieu, qu’il ne s’agit là que d’une “affaire de goût “, le caractère axiomatique et injustifiable del’action morale doit apparaître au grand jour comme valeur humaniste indémontrable. Cette guerre des instincts moraux, dont Nietzsche prophétise la virulence pour le XXème siècle, fonde finalement le droit international. Ce n’est en revanche pas encore du droit supranational dont il s’agit. Le droit supranational est un équilibre qui doit s’opérer dans le cadre d’une guerre perpétuelle entre instincts moraux des différents blocs internationaux.
Malgré cette apologie calliclécienne de la force en tatn que nécessité, Nietzsche la déplore en tant que négativité destructrice de toute culture. Sa réaction philosophique, il va sans dire, a ouvert la voie aux démons destructeurs du XXème siècle. Mais on ne saurait l’accuser d’avoir parlé haut et fort pour prévenir. Certes, il a prophétisé en connaissance de cause : on connaît l’influence déplorable des prophéties sur les âmes malades. Les mots du prophète prennent valeur de nécessité alors que le prophète veut toujours surmonter la nécessité en la prédisant, en mettant en garde par des exhortations. Le mal nazi (l’invention du camp d’extermination), nous oblige à nous souvenir que la prophétie - en général l’assurance de ce qui adviendra à l’avenir - peut aussi éveiller au mal absolu. Les discours d’Hitler n’ont jamais été que des prophétie que son régime a réussi a réaliser pour prouver son infaillibilité (Hannah Arendt). La prophétie peut donc être une prémisse du mal, parce que le maître sait qu’il n’est pas capable de rendre tous ses élèves à la raison, et qu’en ce sens, toute provocation à la violence aura bons entendeurs. Pourtant, l’éternel retour, sur le plan moral, implique justement la fin de toute prophétie. Tout revient signifie qu’aucune identité n’est fixée pour l’avenir, que le nombre infini de celles qui furent déjà une infinité de fois. Autrement dit, il y a une infinité de buts pour l’homme. La prophétie ne lui sert plus à rien. La philosophie de Nietzsche va donc à l’encontre de tous les prophètes à venir en ce qu’elle se charge de démontrer l’inanité de toute prophétie. Le mal absolu n’était pas nécessaire : seul un renversement moral prophétique pouvait en déclencher la venue et démontrer, par ce mal même, le danger absolu de toute prophétie. Dionysos, le dieu violent et libérateur, a élu Nietzsche pour le charger de cette tâche.
Sur Laruelle (je poste ici, plus simple et pis le temps…)
Une note qui tonne rude roide et juste ! (Je l’ai croisé à Nanterre babillant dru dans l’insignifiant).
Bon,cette laconique-litanie parce très pris au moins jusqu’au 25 (j’ai eu qqlq jours de grâce)
J’ai un nouveau mail. Et j’ai hâte -oh que hâte - de pouvoir m’escriber librement. A bientôt!!!
Commentaire par Restif — 14 octobre 2007 @ 15:37
suis-je bête… Restif = Bloy.
Commentaire par Restif — 16 octobre 2007 @ 0:04