Sur Heidegger toujours
Je poursuis ma lecture de Faye. J’ai recherché une nouvelle fois sur Google. En tapant son nom, c’est avant tout la liste exhaustive de ses détracteurs qui apparaît, les mêmes qui, pour le démonter - non pas son travail, mais lui-même - avancent que son livre Introduction du nazisme dans la philosophie a pour unique raison de son succès la campagne manipualtrice des “grands médias officiels”.
Ainsi je constate que ceux qui crient au complot utilisent la voie tout à fait partiale des moteurs de recherche - dont on sait qu’ils véhiculent aujourd’hui toute l’information à partir de mots clés - pour répondre des accusations lancées contre leur guide spirituel de Messkirch et naturellement contre la mauvaise foi dont ils font preuve - Fédier en tête, un certain Nicolas Plagne qui se veut spirituel en attaquant Faye sur le terrain de compétences qu’il n’a pas et qui se rend par-là même ridicule, Sollers qui se prend les pieds dans les “en gros”, “efin bon”, un truc “formidable comme ça voyez-vous “… comme les autres. Fédier à court d’argument sur Public Sénat bafouille et s’enfonce. Elkabach, plein de prévenance et de gentillesse, lui tend la perche 5 fois de suite. Mais l’autre est trop c.. -
Le principal argument avancé par les défenseurs posthumes d’Heidegger, est celui-ci : Heidegger serait un penseur considérable (dixit Sollers - obsession, je sais).
On sait que considérable a deux significations :
L’une selon laquelle Heidegger serait un penseur que l’on peut légitimement considérer comme tel. En ce sens, le simple fait de penser - ne serait-ce que ce que l’on va manger ce soir - suffit à faire de nous des penseurs. Mais on devient considérable à partir du moment où l’on est prolifique et où l’on a de l’influence - c’est en ce sens que l’entend Sollers.
Admettons donc qu’en sa qualité d’être humain, Heidegger soit un penseur. Je dirais que lui-même ne se considérait pas comme tel, puisqu’on sait que selon lui, qui se définissait en tant que dasein , l’homme ne pense pas encore. A moins, peut-être qu’Heidegger se soit lui-même situé au-delà de la condition existentielle de l’être fini, autrement dit entre le Ciel (Le Walhall de la mythologie nordique pillée par les théosophes, les wagnériens et les nationaux socialistes dans le “terre gelée du Nord“) et la Terre (le sol allemand) dont le temple (sa Hütte) a toutes les caractéristiques d’une cabane d’ermite.
Puisque l’homme - en étant que dasein - ne pense pas encore, Heidegger - en tant que penseur - n’est pas un homme comme les autres : il a surmonté l’essence du dasein, pensant réaliser à n’en pas douter, le surhomme nazi : barbare et métaphysicien, sauvage et évolué.
Dire que Heidegger pense, c’est dire qu’il n’est pas seulement un dasein, mais le premier représentant de la “race” de nouveaux dasein qu’il appelait de ses voeux dans ses séminaires de 1933-35 (cf. E. FAYE, Heidegger : L’introduction du nazisme dans la philosophie) : un “dasein penseur”. Toute la philosophie passée n’est donc pas, selon Heidegger, du ressort de la pensée !!
Le seul fait de penser, cette seule dimension de sa personne suffirait ainsi à “justifier” son activisme nazi, ramené par les plus grossiers de ses défenseurs à une erreur de jeunesse, à l’aveuglement de la majorité des Allemands. Ceux qui, comme Fédier, connaissent parfaitement l’oeuvre d’Heidegger, sont dans le dénie : Heidegger aurait resisté au nazisme ! Et cela, venant du représentant des ayants-droit d’Heidegger en France !
Cet argument - qui n’en est pas un - est aisément réfutable par les séminaires de 1933 et 1935, qui fonde et articule, comme le souligne très précisément Emmanuel FAYE, l’idéologie nationale-socialiste à l’aide de l’aporie ontologique de la philosophie occidentale (Parménide).
rebonjour
il est dommage que votre zèle se trompe d’ennemi. je ne saurais trop conseiller à vous et à votre ami de lire plutôt H.Arendt, les Origines du totalitarisme, pour comprendre ce qui s’est passé à l’époque. C’est incroyablement complexe !
Commentaire par jp — 1 juin 2007 @ 23:36
quant à Fédier, c’est un anti-nazi de vieille souche qui n’a pas de mots assez durs pour reprocher à heidegger son engagement de 33. il raconte qu’au début de ses études, il a failli changer de lycée en apprenant qu’un professeur “heideggerien” donc nazi arrivait: j.beaufret (la rumeur circule depuis très longtemps). alors je vous en conjure, laissez-le en dehors de ça. s’il vous plaît..
Commentaire par jp — 1 juin 2007 @ 23:45
Je sais que je m’emporte assez facilement dans mes commentaires sur l’affaire Heidegger, sur le site p4p, ou tu as laissé bcp de bons commentaires, Duvoy, qui élargissent et approfondissent le débat.
Mais JP a raison, tu vas bien vite en besogne sur M. Fédier, et parler de lui comme tu en parles - dans plusieurs articles - justifie, à mes yeux, mon agacement !
Puis, tout comme moi, tu laisses place au ressentiment quant à toute cette affaire, en premier lieu quand tu parles de Gallimard & de Sollers.
Mais bon, c’est de bonne guerre ?
Commentaire par Ritoyenne — 2 juin 2007 @ 19:06
Je ne crois pas être trop loin de la réalité.
Commentaire par Lionel Duvoy — 4 juin 2007 @ 9:19
Ce post n’est qu’un humble témoignage (probablement trop tardif pour être encore lu) qui cherche simplement à dire que le “travail” fait autour de Heidegger -notamment par vous sur le site de mr JP – est porteur de fruit. Littéraire avant tout, j’aime la pensée de M.H. Mais je ne le lirai plus avec les mêmes yeux. Il reste à mes yeux un penseur considérable, mais on doit penser son engagement politique et ce que cela peut impliquer pour sa pensée.De plus -c’est même capital à mes yeux - Cela nous apprend beaucoup sur l’Homme. A l’instar par exemple, d’un Sade, comme le démontre M .Blanchot dans ses essais “La raison de Sade”, “L’insurrection, la folie d’écrire”. Blanchot ne blanchit pas Sade de ses pulsions, il le pense avec. Donc, le débat autour de H est indispensable. Mais quand je lis qu’il est le “pape secret” du national-socialisme, qu’”Hitler est la lune et Heidegger le soleil”, alors là, on débouche en plein délire. Martin, Satan-soleil noir caché au sein du nazisme! C’est un certain Michel Bel (sur http://relatio.blogspirit etc) qui scribouille ça, rattachant Heidegger à Guaïta même ! Manque plus que les Supérieurs Inconnus, l’Agartha et le Roi du monde
Pour le cas (peu probable) ou qql1 me lirait, je veux juste dire qu’il y a désormais (pour moi), un “soupçon” (l”ère du soupçon…) sur la pensée de Heidegger. Pour autant, il m’enrichit, m’oblige à l’effort du penser (je ne puis l’exprimer autrement). Je suis en train de lire “La dévastation et l’attente”, et ce cheminement s’accompagne d’une interrogation en profondeur (autant qu’il m’est possible) du sens des mots. Sachant qu’il me parait impossible de voir un “penseur nazi” en Heidegger. Mais je ne veux pas me mettre la tête dans le sable.
Les questions soulevées par Heidegger restent viables. Ce sont ses réponses qui doivent être interrogées. Mais on ne retirera pas Heidegger de la philosophie. C’est, d’évidence, un grand penseur. S’intéresserait on, dans le passé comme le présent autant à lui si ce n’était pas le cas? Si ce qu’il a questionné n’était pas capital? Ce questionnement, nous le garderons.
Voilà, c’est sommaire et je m’en excuse, mais ce post n’a d’autre prétention que de donner le témoignage d’un lecteur qui, n’étant pas philosophe, est juste une sorte d’ « honnête homme ». Le témoignage d’une lecture… en devenir.
Commentaire par Restif — 3 septembre 2007 @ 19:57
Cher vous,
N’hésitez pas à me laisser un message directement sur ma boîte e-mail (lionel.duvoy@wanadoo.fr). Certes, Mr Bel a le vent en poupe - de sa nef en folie -, mais reste finalement peu crédible, voire stérile dans le débat qui nous occupe. Faire entrer l’ésotérisme dans l’histoire est d’un premiers péchés de la science, le pire à éviter. Et Dieu sait que j’aime l’étude des symboles.
Mr Bel mélange deux sphères qu’il est bon de ne jamais laisser d’interpénétrer. Je suis partisan d’un ésotérisme personnel et d’une histoire engagée. Mais jamais l’un et l’autre ne doivent pouvoir se rejoindre. J’entends par-là que l’un est le fondement de l’autre, en tant que direction morale que l’on s’assigne dans l’étude. C’est cela, le choix premier du philosophe, et c’est ce qui le distingue, à mon sens, du littérateur.
J’ai beaucoup d’estime pour la lucidité de votre commentaire.
Commentaire par Lionel Duvoy — 4 septembre 2007 @ 14:06
Heidegger ancrait sa pensée dans le paganisme des champs et forêts traversées par un chemin de campagne sur lequel le pélerin allait dans une sérénité fiévreuse à sa propre rencontre… même si ce positionnement l’a conduit à commettre des erreurs idéologiques probablement mal assumées… mais philosophiquement tellement plus excitantes.
Ricoeur, par exemple, a eu des fulgurances incroyables dans sa perception de l’Être en tant que tel, mais ses crispations très Chrétiennes (puritaines par dessus tout) lui ont interdit de les mettre en exergue avec conviction. Heidegger, quant à lui, tout païen qu’il fut dans son mouvement et dans son enracinement a débouché sur des échanges très physiques avec la juive Hannah Arendt ou hautement intellectuels avec le magnifique poète juif Paul Celan.
Il ne faut pas oublier, tout de même, que le thème de la thèse que Heidegger dut rendre au terme de ses études à l’université de Fribourg était : “Traité des catégories et de la signification chez Duns Scot”. Pour ceux qui s’intéressent un peu à la Scolastique, Jean Duns Scot (un peu oublié face à Saint-Thomas d’Aquin) a tenu tête à toute la scolastique inspiré des penseurs arabes de l’époque qui tentaient d’établir que les hommes tirés d’une matrice universelle et égalisatrice, une matrice Divine, bien entendu, n’étaient pas dignes de Singularité, mais se valaient tous. Préfiguration de la Machine. Il faut pour saisir cela se pencher sur les fameux “UNIVERSAUX” de la Scolastique. Maurice G. Dantec aborde ce thème avec fureur dans son roman “Grande Jonction”. Jean Duns Scot soutenait, grosso modo, que Dieu étant une Singularité, et l’homme étant fait à l’image de Dieu, il devrait de ce fait être une singularité aussi, et certainement pas juste un rouage de la grande machine, comme l’Islam par exemple qui considère que l’on fait partie de la OUMMA ou alors on n’est pas un homme.
Paradoxalement, les juifs non fondamentalistes, considéraient l’homme de la même manière. Gershom Sholem affirmait que s’il y avait 600 000 juifs à la Montagne de Sion, il y avait 600 000 portes pour accéder à l’Éternel dont la Loi de Moïse ne devait qu’offrir l’assurance de la préservation de cet accès.
Ce nain de la pensée qu’était Sartre pilla Heidegger de fond en comble… mais l’adaptant à sa sauce “humaine trop humaine”. Si Heidegger avait été quelque peu conciliant avec l’existentialisme émergeant, je suis assez persuadé que nos chers intellectualistes post-modernes ne twisteraient pas autour de son cadavre de nos jours afin de trancher si “oui” ou “non” Heidegger fut fréquentable ou pas. Sa réponse à la “non-pensée” de Sartre par la fameuse “Lettre sur l’Humanisme” indique bien qu’ “Être et temps” ne constitue pas une anthropologie, puisque ce qui est visé à travers le Dasein, c’est le rapport à l’être, et non une définition de l’essence humaine et encore moins une définition des modalités de son engagement socio-politique. L’engagement national-Socialiste du penseur lui aura servi de leçon et il n’allait pas s’engager comme le Sartre à gueule de caméléon dans un engagement de Gôche Stalinien. C’est bien de désengagement dont il est question afin d’atteindre le seul engagement qui compte : celui de l’Approche de l’ÊTRE.
De ce point de vue, Heidegger est probablement le plus grand penseur du 20ème Siècle… ma seule résèrve pour affirmer cela étant ma modeste condition de prolétaire-magasinier qui m’empêche d’aborder les penseurs de notre temps avec le sérieux et la profondeur qui s’impose afin de donner un avis définitif.
Commentaire par Nebo — 4 septembre 2007 @ 18:20
Vous semblez oublier, Mr NEBO, que la question du rapport à l’être, pour Heidegger, est un problème humain.
C’est ce qu’il expose explicitement dans Etre et Temps à propos de la fin de l’analytique “existentiale” du “Dasein”.
Ainsi, quand vous dites que la pensée de Heidegger ne constitue pas une anthropologie, vous semblez oublier que la méthode heideggerienne nous contraint à y entrer, et que tout l’analytique “existentielle” du “Dasein” est nécessaire selon lui pour aller plus avant dans l’analytique “existentiale”.
Commentaire par Lionel Duvoy — 12 septembre 2007 @ 10:15