Le blog de Lionel Duvoy

Livres

Lionel Duvoy — 6 mars 2007

Vivent-ils d’amour, d’esprit, de vin, du tout et du seul, de la fleur, du chien ou de la rivière, du fleuve ou de la mer – les livres ?

Combien sont-ils à pourfendre celui qui lit, non parce qu’il sait lire, mais parce qu’au fil des pages, le mot qui suit est imprévisible, et en ce sens aussi : l’idée, et que la vie va de même, et qu’ils ne le supportent pas ?

Ils en veulent à l’amant d’une sophia pétrifiée, sculptée à même la feuille, à même le bois broyé et mâché. Ce n’est pas parce qu’elle serait momie ou idole, mais parce que Sophia y est toute vie…

Lors même qu’elle serait de langue morte, lors même qu’elle est de pensées mortes depuis des lustres, sophia vit.

Ô quelle tradition bâtissent-ils en défroquant, bouffi d’orgueil qu’ils sont, les gens du souffle.

De l’esprit, ils s’échinent à force de répétitions respiratoires et d’encensoirs rouges, blancs et ors, à inhaler le souffle qui n’est jamais expiré.

Ils s’enflent de fierté et trébuchent sur eux-mêmes.

Expient-ils ?

Et c’est à peine si L’Haleine nous effleure tandis que parvenus au seuil du For, nous osons un pieds peu sûr sur la marche.

Gratté et prélevé, l’or au fonds du creuset n’est plus métal, et pourtant… la geste d’amour qui saurait écouter et entendre à l’heure de minuit, qu’il est temps, ô grand temps de reprendre les armes :
- l’encre,
- la harpe,
- la flûte,
- la plume,
- le papier,
- le pianoforte,
- la viole,
- le rire,
- l’audace de jouire,
- le saint amour,
- le compas

tout risque de dégénérer en fanfaronnade, car une âme lourde et son valet s’épuisent à dénigrer la voie des livres.

SANS TITRE

Lionel Duvoy — 24 janvier 2006

Ceci est un extrait de la correspondance intime de Ph. Sollers.

Madame Ô à Ph. Soll
(tu te souviens de moi mon chou ?)

Cher Philippe,
La soirée dernière était absolument extraordinaire. Comme tu sais être timide quand tu cherches à te défiler. Il t’a bien eu le coquin… En fait je ne técris pas vraiment pour te reparler de nos petites chatouilles, mais pour te rappeler à l’ordre : tu t’affaiblis mon chou, ta verve n’est plus trop à la mesure de celle que tu portes entre les jambes. Mais tu sais que je sais qu’elle est à mon goût, hein mon chou ?
Je t’ai vu dimanche dernier, à la télévision. D’habitude, tu sais bien que je n’allume pas mon poste. Mais comme tu m’as dit que tu passais pour parler de ton dernier livre commis, j’ai exceptionnellement dérogé à mon habitude. Tu n’étais pas au meilleur de ta forme… Je trouve même que tu bafouilles de plus en plus et que les arguments te manquent quand on te pose une colle. On peut se parler franchement ? Tu me connais. Je trouve que sur Nietzsche, tu aurais pu bosser un tout petit plus…
J’ai reçu une lettre de L. ; je te la donne en copie, ainsi que la réponse que je lui ai envoyée :

Chère Madame,
Philippe Sollers a encore frappé. Cette fois, il s’en prend à Nietzsche. Mais que cherche-t-il ? Après Kafka, Dante, Sade, Mozart et Casanova, voilà que notre garçon s’en prend au dernier irréductible pour l’absorber dans son gosier lascif. Il n’en a pas marre de faire de l’esbrouffe ?! Déjà qu’avec sa Divine Comédie, il s’est amusé à nous faire une encyclopédie de fiches Atlas, sous forme d’entretiens avec le directeur éditorial de DDB, en précisant toujours, pour les profanes que nous sommes tous - lui qui venait alors de découvrir que Dante n’a jamais intitulé son ouvrage la Divine Comédie -, que son livre a le droit d’exister sous ce titre sans voler ce dernier à la longue tradition des traducteurs du poète. Que va-t’il nous faire de l’advocatus diaboli, lui le catholique matérialiste qui ne sait même pas ce qu’il est vraiment ? Le Ardisson des éditions Gallimard ? Merde ! Triple merde !
L

Voilà ma réponse :
L,
Vos manières de faire sont indécentes. La liberté d’expression devrait vous rendre plus repsonsable de vos propos. N’est-ce pas à cause de gens comme vous que la démocratie risque de s’effondrer ? Comment osez-vous insulter ainsi “une oeuvre prodigieuse mise en scène par un non moins prodigieux auteur” (cf. amazon.fr ; “Philippe Sollers évoque, en quatre parties, l’essentialité de la porte de l’enfer avant l’enfer, le purgatoire et le paradis, deux arcs-en-ciel trop vite et facilement oubliés, sinon niés, depuis deux siècles. Sont ainsi convoqués, au fil d’une conversation agréable, ténue et sans relâchement, Péguy, Apollinaire, Rimbaud, Joyce, Baudelaire, Watteau et Fragonard, Picasso et Bacon, Mozart… ?” Qu’en dites-vous ? La critique parle d’elle-même…
Madame Ô, de A.

Réponse de L :

Madame Ô,

Votre remarque est très juste. Mais j’use là, vous en conviendrez, d’un droit dont tout le monde jouit : celui de dire ce que je pense de quelqu’un dont je n’ai même pas lu les livres : le voir fumer son cigarillo en adoptant la posture salace d’un amateur de parties fines, qui plus est se prétendant “libertin érudit”, suffit à me convaincre de ne jamais commencer à le lire. L’avoir vu ensuite remettre au pape un exemplaire dédicacé de sa Divine Comédie (ce livre est bien le Da Vinci Code de la grande littérature française), alors qu’un jour plus tôt, il se vantait, à la télé, de ne pas savoir vraiment qui il prends dans l’obscurité des salons bourgeois parisiens - cela me fait penser à BHL, qui ne sait toujours pas vraiment pourquoi il fréquentait les salles d’audience des tribunaux de province -, j’avoue que moi, bon petit catholique déconverti à la foi dogmatique, je n’arrive pas à supporter cette image. Le plus grand représentant de la plus vaste fumisterie de l’histoire souriant (en laissant échapper un filet de salive qui en dit long sur son intention de sourire) au représentant le plus influant de la production française de papier, cela me semble quelque peu outrageant - ne serait-ce que pour la bave de Sa Sainteté le Pape, et surtout pour la littérature. D’ailleurs, n’y avait-il pas là matière à en former une relique des plus importantes ? Mais nul n’a vu la bave de Jean-Paul II. Philippe avait essuyé ses commissures avec son papier à chiotte.
Bien à vous
L

Tu vois Philippe, il faudrait que tu te refasses. Laisse les méchantes critiques s’attaquer jalousement à ton écriture et continue ton oeuvre de prodige.

Ô.