F. Nietzsche - Sur la musique - extrait (1858)
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Sur la musique.
Dieu nous a donné la musique, premièrement pour nous édifier. La musique fusionne en elle toutes les qualités, elle peut nous élever, nous divertir, nous rasséréner ; elle est même capable, par ses sonorités douces et nostalgiques, de briser l’âme la plus dure. Mais sa vocation principale est de tirer nos idées vers le ciel, de nous soulever, voire de nous bouleverser. C’est là par excellence le but de la musique sacrée. C’est pour cela qu’il faut regretter de voir ce genre musical s’éloigner toujours plus de sa première fonction. Certes, l’on a encore des chorales. Mais la plupart, avec leurs mélodies mielleuses, sont immensément loin de la puissance et de la force des Anciens. Ensuite, [grâce à la musique] l’âme s’amuse et repousse ses idées noires. Qui ne se sent en effet plongé dans une paisible et claire beauté en entendant les mélodies pures de Haydn ! L’art musical nous parle bien plus profondément par le son que la poésie avec ses mots ; il empoigne les replis les plus intimes de notre coeur. Mais tout ce que Dieu nous offre ne peut nous conduire à la félicité que si nous l’employons à bon escient et avec sagesse. C’est ainsi que le chant élève proprement notre être et le dirige vers le Bien et le Vrai. Toutefois, quand la musique est employée uniquement pour nous amuser ou nous faire valoir aux yeux des autres, elle devient mauvaise et dangereuse. Et c’est cependant ce que l’on constate trop souvent ; qui pis est, la musique moderne en porte presque partout les traces. Un autre phénomène assez malheureux est que beaucoup de nouveaux compositeurs s’échinent à écrire obscurément. Mais justement, ces périodes de l’histoire de l’art, qui séduisent le connaisseur, laissent de marbre les saines oreilles humaines. La prétendue Zukunftmusik surtout, celle d’un Liszt ou d’un Berlioz, cherche par-là à démontrer autant que possible sa position singulière. - La musique accorde aussi un divertissement agréable et préserve de l’ennui celui qui s’y intéresse. On devrait considérer tous ceux qui la dédaignent comme des hommes sans esprit, des créatures voisines de l’animal. Que ce prodigieux don de Dieu soit toujours ma compagne sur le chemin de mon existence, et je pourrais me vanter de me l’être attachée. Dieu soit éternellement loué de nous avoir fait présent d’une si belle jouissance ! — —