Le blog de Lionel Duvoy

fou

Lionel Duvoy — 16 juin 2006

Un fou entre chaque jour dans la boutique pour apporter des nouvelles de Dieu.
Un fou nanti, croyez moi, est le plus malheureux des hommes.
“Bonne jour dis-je… oui.. moui…, bonne jour, comme cela sonne bien n’est-ce pas ? mmh.. mmh… saviez-vous cela ? Comment allez-vous ? Bien pour moi-même. J’ai passé quelques heures sur In-ter-net. A chercher… A chercherir…. mmh… moui. Saviez-vous que les pyramides de Gizeh renfermaient un sercret sur la vie extraterrestre et que les autorités égyptiennes cherchent en ce moment à le cacher ? Le chercheur qui émet cette hypothèse dit aussi qu’il y aura tsunami le… attendez 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 égale… non 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 +7. Mais je ne sais pas vraiment s’il faut partir de un ou de deux… disons le 21 ou 22 je crois. Grande destruction… Mais nous allons empêcher ça… Vous savez, si je n’étais que le petit Christ, le nazaréen circoncis, je n’aurais pas été assez puissant pour m’y opposer… non ! oui ! je suis plus que le Christ vivant. Je suis Christ, le christ cosmique… Comme un oeuf, vous savez n’est-ce pas ? Le jaune… le blanc… Jésus de Nazareth est le blanc… je suis le jaune… ne sont pas miscibles… ”

Aujourd’hui même, dans l’après-midi, Christos est venu tenter sa chance. “J’aurais besoin de 80 euros pour assister à un concert international et dormir à l’hôtel. J’irai en limousine, cela s’entend, naturellement. 80 euros seraient bien suffisants… Mes chauffeurs n’y voient nul inconvénient - à ce que je les paye en liquide, cela s’entend, n’est-ce pas ? Saviez-vous au fond ? Napoléon n’a d’ailleurs pas grand besoin de se justifier sur ce point précis, puisqu’il commande Austerlitz… Ah Austerlitz, juché sur mon cheval, tricorne sur tête (Paris, 1848), lançant le haro sur l’ennemi… Austerlitz est beau. Belle ville. Belle région. Belle plaine aussi. Je m’en souviens comme d’un hier. Et plus encore peut-être serait-ce alors … ”
La partronne tend la somme au long maigre qui s’empresse de fourrer les billets dans sa poche.
Au lieu d’un merci, l’homme fixe une longue minute son regard sur elle et profère à son égard toutes les insanités du monde.

“Faudra-t-il que je vous l’enfonce dans le crâne… à… à… à coup de haccchhhhe - à coup de hache ?! JE suis Napoléon Buonaparté ! Comme lui-même le fut ! Mais va-t-il falloir que je vous l’enfonce à coup de hache !!! Et je ne vous dois rien, tous autant que vous êtes, les yeux rivés sur vos écrans à vous occuper de petites choses ! Et vous de me méprisez ! Ah ça… vous ignorez tout du véridique ésotérisme, ésotérisme ! Et vous prétendez tout savoir !!! Mais vous n’êtes rien qu’une poussière qu’ion balayera le temps venu ! ………”" ….____ ) ° ) === “‘’(((é({{{{ ‘- ………………………………………………………………………
Bonnejour.”

Lionel Duvoy — 20 février 2006

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NIETZSCHE est un penseur glosé, mâché et ruminé, boudé par une frange de la philosophie et encensé par les écrivains, qui trouvent en lui l’alliance possible entre la rigueur classique de la lettre et la témérité intellectuelle. Jamais pourtant on ne parvient à lire son œuvre sans la figer sur le scénario de sa lente descente aux enfers. Sa biographie pique les poètes dans leur curiosité. Ils y retrouvent sans doute le modèle de leur idéal : sa vie cosmopolite, sa prétendue maladie vénérienne, ses accointances avec Wagner, puis son attachement définitif au rationalisme des Lumières, sa révolte critique contre l’idéologie progressiste et démocratique du XIXème siècle et enfin, paradoxe et dernier refuge contre le pessimisme, son enfermement dans la tour de la folie.

Il y en a parmi les philosophes que ses professions de foi enragées rebutent. Pour s’innocenter d’une mauvaise conscience imaginaire, ils clament : “Nous ne sommes pas nietzschéens”, mais font peu d’efforts pour le lire au-delà (ou en deçà) du cadre que les manuels scolaires assignent à son œuvre, à savoir celui du nihilisme dont on nous rabat sans cesse les oreilles et dont on saurait bien gré à la mémoire de Nietzsche qu’elle en porte l’entière responsabilité.

Ceci dit, dans le même temps, Heidegger se promène incognito, dans son nuage métaphysique, libre comme l’air et - pauvre bougre…-, injustement attaqué pour avoir mis du zèle à appliquer les lois nazies visant à débarrasser l’enseignement de toute trace de judéité. Il y a peu, j’entendais encore quelqu’un dire à la radio : “Il ne savait pas. Il s’est trompé.” C’était Michel Haar je crois. Mais nous resservir le vieux mythe du philosophe distrait qui se casse la gueule dans un trou parce qu’il a trop regardé le ciel, cela ne suffit plus à me convaincre que c’est par faute de goût qu’Heidegger portait la salopette bavaroise et la moustache carrée. On a tout lieu de croire que l’esprit de pesanteur incarné par le Kobold du Zarathoustra de Nietzsche est une puissante préfiguration du petit bonhomme de Messkirch.

Il fallait quand même un peu s’en douter, le processus a désormais gagné la psychanalyse. “Cette fois-ci, mettons Freud de côté ; revenons un peu à Nietzsche, au contempteur de la métaphysique. Oublions Marx un court instant ; et reparlons d’Heidegger”. Il semble que la danse des théologiens de l’Etre autour des enragés de l’esprit voudrait conjurer le péril que ces derniers font courir à l’harmonie mentale des citoyens. Freud est devenu gênant parce qu’il pointe du doigt l’origine pulsionnelle des complexes idéologiques. Les démagogues détestent que l’on tourne en ridicule leur tendance à absorber tous les antagonismes. Or, Freud fait précisément partie de ces empêcheurs de tourner en rond ; tout comme Nietzsche. On aime pouvoir penser que le plus démocrate des révolutionnaires (Marx) et le plus élitiste des cosmopolites (Nietzsche) aillent main dans la main, réconciliés autour du maître Autel de l’histoire : l’Etre suprême de l’économie mondialisée, son expression littéraire en la personne de Philippe Sollers… “Nous continuons à porter Karl Marx, Heidegger et Sartre dans notre cœur, certes pas pour ce qu’ils ont activement participé à la justification du totalitarisme, ô non… mais parce qu’ils avaient la qualité, que l’on prise par-dessus tout dans nos sociétés modernes, de s’innocenter eux-mêmes de leurs propres erreurs, en ne faisant que reconnaître celles-ci publiquement; lors de confessions audiovisuelles.” Ce sont les mêmes, soit dit en passant, qui viendront ensuite déplorer les mises scènes de confessionnal à la télévision (Loft Story et autres méchantes images modernes). Démocrite aurait plutôt préconisé de “cacher son ignorance”, mais ces Messieurs ne sont pas suffisamment idéalistes pour cela… Nietzsche a écrit qu’il ne suffit pas d’avoir “tardivement le courage de ce que l’on sait” (1) pour être sauvé. Il faut encore avoir surmonté ce que l’on a cru savoir, ce qui, hélas, contreviendrait au principe de fidélité…

(1) Automne 1887, 9[123].

Lionel Duvoy — 13 février 2006

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L’homme naturellement philosophe n’a pas à acquérir de technique , ou du moins, à chercher hors de lui-même ce qui lui permet de philosopher. Il se conforme ainsi à l’exhortation inscrite au fronton du temple de Delphes. Ici, l’homme naturellement philosophe doit faire un choix, puisqu’il ne saurait profiter des avantages de son lot, de sa chance, sans faire l’effort de revenir à lui-même pour dévoiler sa propre nature. Il pratique l’ascèse qui le distingue des autres individus : il contemple les étoiles et les nuées, réfléchit sur la justice, le bien, le beau, la vertu, toutes pensées qui n’ont, au sein de la Cité, aucune incidence directe, puisqu’elles s’intéressent aux fondements de celle-ci sans apporter de solutions pratiques à son fonctionnement. Cette ascèse, le cynique l’a symbolisée de la manière la plus claire qui soit : une couverture pliée sur l’épaule, un bâton et un tonneau. Ce sont là des signes qui ne trompent pas.

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Lionel Duvoy —