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	<title>Le blog de Lionel-Édouard Martin</title>
	<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin</link>
	<description>Littérature au fil de l'eau</description>
	<pubDate>Mon, 16 Jun 2008 23:10:50 +0000</pubDate>
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	<language>en</language>

		<item>
		<title>Extraits de Dire migrateur (éd. Tarabuste, 2008)</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Jun 2008 23:06:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Dire migrateur</category>
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		<description><![CDATA[	Tout homme est bâti sur un gouffre : Padirac en son ventre et l’architecture calcaire de son squelette ; c’est en cela qu’il parle, sa pierre héberge une parole de rivière, aveugle dans l’argile, un chant d’aède sous terre. Ô glaises humaines, mes si profondes qui contenez l’écho de la caverne originelle, ouvrez vos ailes, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p>Tout homme est bâti sur un gouffre : Padirac en son ventre et l’architecture calcaire de son squelette ; c’est en cela qu’il parle, sa pierre héberge une parole de rivière, aveugle dans l’argile, un chant d’aède sous terre. Ô glaises humaines, mes si profondes qui contenez l’écho de la caverne originelle, ouvrez vos ailes, un peu – que soient perceptibles à l’œil les battement du cœur dans sa gangue de chair ! Poète, je n’invente aucun rythme, mais saisissant la vibration des veines et de la craie, je fraie sa voie jusques aux lèvres, aidant à la poussée comme on épaule la voiture embourbée. Rien de ce qui sourd ne m’appartient, j’accouche un précipice de sa tendresse.</p>
	<p ALIGN=RIGHT>(p. 41, extrait de <em>Rapport au calcaire</em>)</p>
	<p><center>***</center></p>
	<p>Les terres d’hiver plaisent au sang. La neige – c’est là qu’il donne au mieux la mesure de sa force, l’effusion vermeille ne souffre aucune estompe, nul dégradé, mais le vrac s’impose de la rose pourpre et qui contraste.<br />
J’ai vu mourir bien des bêtes. Elles feignaient de confier à la neige un sang tout juste murmuré, à peine le bruissement d’un secret de jeune fille ; de fait un leurre : demeurait sournoisement tout au long de l’hiver sa mâchoire crispée dans la chair de la neige. Personne d’ailleurs n’en était dupe, n’ayant le cœur d’y marcher, pas plus qu’on ne tentait en y portant le pied les eaux profondes des rus. C’était là comme un puits de feu glacial ; et donnait à penser, parmi l’animal le plus quiet, la présence de cet autre, sang mordant, éruptif, en attente d’ouverture<br />
Pour apposer au blanc<br />
L’oxymore de sa substance.</p>
	<p ALIGN=RIGHT>(p. 42, extrait de <em>Sang des bêtes</em>)</p>
	<p / ALIGN=RIGHT>
	<p><center>***</center></p>
	<p>D’oiseau parleur, l’animalerie n’héberge qu’un mainate. Il est seul dans une cage en forme de dôme, de coupole de mosquée – ces lieux de parole ; les autres oiseaux, ceux qui chantent sans parler, partagent une même volière, il est vrai tristement cubique. On le maintient volontairement en solitude, dans les limites d’un soliloque sans conséquence. Un second mainate, un perroquet, risqueraient de lui faire écho, de franchir les limites de la commune imitation de la voix d’homme, s’ils se mettaient à dialoguer, à s’écouter pour se répondre. Alors dans la gloriette aux bengalis, aux merles rares, les oiseaux, travaillés par la mort,<br />
Retentiraient d’un terrifiant, soudain silence.</p>
	<p ALIGN=RIGHT>(p. 55, extrait de <em>Dire au mainate</em>)</p>
	<p / ALIGN=RIGHT>
	<p><center>***</center></p>
	<p>Le soir, les oiseaux ne sont plus perceptibles, ils referment leur chant pour rentrer en eux-mêmes : un corps d’oiseau est une façon de nid, brindille des os légers, plume, et chair flexible aux brises comme le chaume des graminées. Certains pour dormir glissent la tête à la confluence de leur aile et de leur cœur, et c’est comme s’ils couvaient un œuf ; à moins qu’ils ne saisissent d’instinct l’occasion de la nuit pour accorder avec le rythme de leur sang leurs tempes habitées de regards.</p>
	<p ALIGN=RIGHT>(p. 77, extrait de <em>L’Œil de la guêpe</em>)</p>
	<p / ALIGN=RIGHT>
	<p><center>***</center></p>
	<p>Écriture, antidote aux tropiques : même luxuriante en apparence, elle débarde le langage, transforme en silence tout excès de parole. Aucun arbre ici ne paraît écrire : accueil de toute clameur, l’alizé parle avec les mains, l’iguane, comme ailleurs le caméléon, multiplie les synonymes. J’ai vu dans les seuls pays d’Europe enrubanner les vergers de guirlandes d’aluminium pour effrayer les merles, borner l’emprise du chant. Peut-être un cerisier, nanti d’un dire trop chiche pour le gâcher en envolées bruyantes, se doit-il de préserver son lot plus avarement que le manguier : c’est ainsi qu’il écrit, ménageant son avoir. Et lorsque me fascine, dans mes séjours en Caraïbe, un arbre tropical glosé de bavardages, je plante dans ma terre la plus intime, dans ma chair de poète, le cerisier d’enfance à la rare écriture de fruits rouges. </p>
	<p ALIGN=RIGHT>(p. 84, extrait de <em>Écrit en Haïti</em>)</p>
	<p / ALIGN=RIGHT>
<em></em>
</p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>Miroirs des jardins tropicaux (extrait)</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2008/miroirs-des-jardins-tropicaux-extrait/</link>
		<comments>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2008/miroirs-des-jardins-tropicaux-extrait/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 06 May 2008 19:23:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Miroirs des jardins tropicaux</category>
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		<description><![CDATA[	Haïti, 29 avril 2007
	Un homme étrille rudement la terre avec un balai de palmes : syllabe au bout du geste courbe ; frottis de consonnes à même le sol, bref de coups nerveux.
J’y quête un rythme : en vain, nulle régularité dans le ressac, tributaire de l’humide et du sec, de la caillasse ou du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><em>Haïti, 29 avril 2007</em></p>
	<p>Un homme étrille rudement la terre avec un balai de palmes : syllabe au bout du geste courbe ; frottis de consonnes à même le sol, bref de coups nerveux.<br />
J’y quête un rythme : en vain, nulle régularité dans le ressac, tributaire de l’humide et du sec, de la caillasse ou du pavé, de la racine affleurante. Un monde en miniature, terraqué, minéral et végétal, brossé par un bruit discontinu, mais invariablement pareil : tel, gouverné par l’instinct, le nouveau-né s’exprime en pleurant. Parole en puissance : mais en quel idiome, ici, pourrait muer ce crissement ? C’est qu’est morte, ustensile devenue, la palme initiale, où l’oiseau s’inspirait du ciel, vocalique et non-fini, sans rien qui le ponctue. La pluie – mais fine,  pondérée, porteuse de la juste mouillure – lierait possiblement en cours fluide ces bribes. Mais j’envisage un paragraphe de grand bleu : rien ici-bas n’aura d’attache ; ce matin pas plus qu’hier, nulle bouche n’unira l’épars.</p>
	<div align=center>*</div>
	<p>Il pleut, pourtant, d’un coup : vent nul, la pluie tout à l’aplomb du monde ruisselle sur les troncs lisses, entraîne vers l’aval un cheminement dru d’insectes, de lézards ; la graine sèche, la gousse, éprouvent soudain la charge d’eau nécessaire à la pérennité de l’arbre : et c’est une joie végétale dans les branches, parmi le crépitement, sur la tôle des toits, du riz propitiatoire ; liesse, donc, du sol vivant, buvant, dans le charroi de bêtes et des choses vers ce silence où les morts, à l’instant renés, béent de toutes leurs paroles, ailées d’averse.</p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>Trakl 2</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/trakl-2/</link>
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		<pubDate>Thu, 29 Nov 2007 18:35:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Trakl 2</category>
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		<description><![CDATA[		
	À Venise
	
	
	Calme dans la chambre nocturne.
D’argent scintille le bougeoir
Devant l’haleine fredonnante
Du solitaire ;
Magie des nuages de roses.
	Une nuée de mouches noires
Obscurcit le pierreux espace ;
Et l’œil fixé sur l’agonie
Des dorures du jour : la tête
De l’apatride.
	Sans mouvement fait nuit la mer.
Étoile et voyage noirâtre
Ont disparu dans le canal.
Enfant, ton rire maladif
M’a suivi doux dans le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><body><strong>	</p>
	<blockquote><p>À Venise</p></blockquote>
	<blockquote></blockquote>
	<p></strong></p>
	<p>Calme dans la chambre nocturne.<br />
D’argent scintille le bougeoir<br />
Devant l’haleine fredonnante<br />
Du solitaire ;<br />
Magie des nuages de roses.</p>
	<p>Une nuée de mouches noires<br />
Obscurcit le pierreux espace ;<br />
Et l’œil fixé sur l’agonie<br />
Des dorures du jour : la tête<br />
De l’apatride.</p>
	<p>Sans mouvement fait nuit la mer.<br />
Étoile et voyage noirâtre<br />
Ont disparu dans le canal.<br />
Enfant, ton rire maladif<br />
M’a suivi doux dans le sommeil.</body></p>
	<p><strong></p>
	<blockquote>
	</blockquote>
	<blockquote><p>Chant d’un merle en cage</p></blockquote>
	<p></strong></p>
	<p>Noire haleine parmi les verts rameaux.<br />
Des fleurs bleues flottent autour de la face<br />
Du solitaire, pas doré<br />
Agonisant sous l’olivier.<br />
Volettements d’aile ivre sur la nuit.<br />
Douce saigne l’humilité,<br />
Rosée, lent gouttant de l’épine en fleur.<br />
La charité des branches claires<br />
Embrasse un cœur qui se déchire.</p>
	<p><strong></p>
	<blockquote><p>Été </p></blockquote>
	<p></strong></p>
	<p>Au soir se tait la plainte<br />
Du coucou dans les bois<br />
Plus bas le blé s’incline,<br />
Le pavot rouge.</p>
	<p>Orage noir, menace<br />
Sur la colline ;<br />
Le chant vieux du grillon<br />
Meurt dans le champ.</p>
	<p>Plus ne bougent les feuilles<br />
Du châtaignier ;<br />
Sur l’escalier à vis<br />
Ta robe bruit.</p>
	<p>Calme luit la bougie<br />
En chambre sombre ;<br />
Une main argentée<br />
L’a fait mourir.</p>
	<p>Nuit sans vent, sans étoile.</p>
	<p><strong></p>
	<blockquote><p>Fin d’été</p></blockquote>
	<p></strong></p>
	<p>Le vert été est tellement tranquille<br />
Devenu, ton visage de cristal.<br />
À l’étang du soir sont mortes les fleurs,<br />
Un cri de merle paniqué.</p>
	<p>Vain espoir de vie ! déjà se dispose<br />
Au départ l’hirondelle du foyer,<br />
Et le soleil sombre sur la colline ;<br />
Déjà la nuit propose un chemin d’astres.</p>
	<p>Calme des villages ; autour résonnent<br />
Les forêts abandonnées. Cœur,<br />
Penche-toi, désormais plus amoureux,<br />
Au-dessus de la sereine endormie.</p>
	<p>Le vert été est tellement tranquille<br />
Devenu, et le pas se fait entendre<br />
De l’étranger parmi la nuit d’argent ;<br />
Qu’une bête bleue pense à ses brisées,</p>
	<p>Au bon écho de ses ans spirituels !</p>
	<p><strong></p>
	<blockquote><p>Le soleil</p></blockquote>
	<p></strong></p>
	<p>Chaque jour le soleil jaune vient sur le mont.<br />
Bel est le bois, la bête sombre,<br />
L’homme ; chasseur ou bien berger.</p>
	<p>Rougeâtre monte le poisson dans l’étang vert.<br />
Sous le ciel arrondi<br />
Va le pêcheur doucement dans sa barque bleue.</p>
	<p>Lentement mûrit raisin, blé.<br />
Quand calmement le jour décline,<br />
Le bon et le mauvais sont prêts.</p>
	<p>Quand vient la nuit,<br />
Le marcheur doucement soulève ses paupières lourdes ;<br />
Du soleil, de la combe obscure, brise. </p>
	<p><strong></p>
	<blockquote><p>Où le soleil se couche</p></blockquote>
	<p></strong></p>
	<blockquote><p>– I –</p></blockquote>
	<p>Lune, comme si venait un mort<br />
D’une caverne bleue,<br />
Et des fleurs, il en tombe<br />
Maintes sur le sentier rocheux.<br />
Argentin pleure le morbide,<br />
Près de l’étang du soir,<br />
Dans une barque noire<br />
Sont passés outre des amants.</p>
	<p>Ou bien retentissent les pas<br />
D’Elis à travers bois<br />
Couleur d’hyacinthe,<br />
De nouveau mourant sous des chênes.<br />
Ô de l’enfant la forme<br />
Pétrie de larmes cristallines,<br />
D’ombres nocturnes.<br />
Des éclairs tords illuminent les tempes<br />
Éternellement froides,<br />
Quand sur la hauteur verdoyante<br />
L’orage de printemps résonne. </p>
	<blockquote><p>– II –</p></blockquote>
	<p>Si douces sont les forêts vertes<br />
De notre petit monde,<br />
La vague cristalline<br />
Mourant contre le mur en ruine<br />
Et nous avons en dormant  geint ;<br />
Marchent à pas mal assurés<br />
Longeant la bouchure d’épine<br />
Des chanteurs dans l’été du soir,<br />
Dans le calme sacré<br />
Des vignes pâlissant au loin ;<br />
Or : ombres au cœur froid<br />
De la nuit, deuil des aigles.<br />
Si doux ! ferme un rayon de lune<br />
Les plaies pourpres de la tristesse.</p>
	<blockquote><p>– III –</p></blockquote>
	<p>Vous grandes villes<br />
Bâties pierreuses<br />
Parmi la plaine !<br />
Sans un mot suit<br />
Le sans-patrie<br />
Front assombri le vent,<br />
Les arbres nus sur la colline.<br />
Vous là-bas fleuves ténébreux !<br />
Puissants d’angoisse,<br />
Rouges pluvieux du soir<br />
En nues d’orage.<br />
Vous peuples qui mourez,<br />
Vague blafarde<br />
Brisant aux grèves de la nuit,<br />
Tombée d’étoiles. </p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>Col de chemise, colombe</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/col-de-chemise-colombe/</link>
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		<pubDate>Sat, 29 Sep 2007 14:32:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Col de chemise, colombe</category>
		<guid>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/col-de-chemise-colombe/</guid>
		<description><![CDATA[	texte paru dans la revue Riveneuve Continents, n° 3, hiver 2005.  
	Col de chemise, colombe, et carotides à pattes rouges ! Je marche à pas d’oiseau vers un envol, vers l’embouchure à fleur de peau
Des aortes célestes.
	
	Monde pourpre à mes paupières, pulsations de mes rémiges, que je ferme l’œil, le ciel y prend source [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><em><center><font SIZE=1>texte paru dans la revue <a href="http://www.riveneuve.com/Numero_3.htm">Riveneuve Continents</a>, n° 3, hiver 2005. <strong> </strong></font></center></em></p>
	<p>Col de chemise, colombe, et carotides à pattes rouges ! Je marche à pas d’oiseau vers un envol, vers l’embouchure à fleur de peau<br />
<blockquote>Des aortes célestes.</p></blockquote>
	<p></p>
	<p>Monde pourpre à mes paupières, pulsations de mes rémiges, que je ferme l’œil, le ciel y prend source et ce n’est plus le jour mais la nuit que je perçois : j’avance à glissements de plumes</p>
	<blockquote><p>Parmi les mots nocturnes. </p></blockquote>
	<p>Nuit coeur vaste, je vais dans ce vêtement blanc, mes battements d’ailes tirent parti de l’air, je becque migrateur l’airelle </p>
	<blockquote><p>Que l’on appelle étoile.</p></blockquote>
	<p>À mon cou l’essor blanc, la lettrine mobile où s’illustre le ciel : je porte une consonne contre mon torse et quête une voyelle</p>
	<blockquote><p>Au milieu de la nuit. </p></blockquote>
	<p>Cohortes célestes : et tout est chair dans un contexte d’astres, l’estuaire où j’ai projet d’écrire mord aussi tendrement le ciel</p>
	<blockquote><p>Que la lettre le verbe.</p></blockquote>
	<p>En syllabe accompli : pennes soyeuses de mon col, colombe à l’o multiple et sang sphérique dans son corps, voici qu’un cœur se donne en battements binaires, consonne à l’initiale,</p>
	<blockquote><p>Voyelle à la systole.</p></blockquote>
	<p>Grappe, ma colombe, paragraphe à l’envol ! et ton essor projette sur la nuit les signes du zodiaque, j’ordonne par tes ailes</p>
	<blockquote><p>Le chaos des étoiles.</p></blockquote>
	<p>Il m’a suffi d’une échancrure, d’un delta blanc sur ma poitrine, pour convaincre le ciel d’écritures : et le sens gicle d’une argile</p>
	<blockquote><p>Pétrie d’ailes de scribe.</p></blockquote>
	<p>Ô ma colombe, je m’incarne en ton aile écrivaine, je trace à coups de pennes sur la nuit l’idéogramme où l’animal dompte sa rage,</p>
	<blockquote><p>Contraint sa force obscure.</p></blockquote>
	<p>Paix dans nos veines, oiseau sans lèvres et qui modèles dans ma glaise un chant pourtant complexe : où convergent nos sangs je vaque à la parole, ton bec métamorphose</p>
	<blockquote><p>En verbe le cri gourd.</p></blockquote>
	<p>Parole d’oiseau c’est : à ton bec un sourire comme à la pierre une aile, à mon cou ta feuille instruite de lumière et qui scande un propos</p>
	<blockquote><p>Sous l’émotion des brises.
</p></blockquote>
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	</item>
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		<title>Anecdites</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/anecdites/</link>
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		<pubDate>Thu, 06 Sep 2007 17:33:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Anecdites</category>
		<guid>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/anecdites/</guid>
		<description><![CDATA[	Ces textes ont paru dans le n° 86 (printemps 2004) de la revue Friches. Ils y côtoyaient cinq poèmes du très regretté Jacques Simonomis. 
	Allant à l&#8217;escargot un soir d&#8217;ondée maman
dans les labours en bottine de vache (et le
faisceau des lampes flairant la gluance un plein
seau de plage à ton bras qui bavait yeux bandés)
donc [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><font SIZE=1,5>Ces textes ont paru dans le n° 86 (printemps 2004) de la revue <em><a href="http://membres.lycos.fr/friches/"><em><strong>Friches</strong></em></a></em>. Ils y côtoyaient cinq poèmes du très regretté <a href="http://www.librairie-galerie-racine.com/evenements/simonomis.php3"><strong>Jacques Simonomis</strong></a>. </font></p>
	<p><strong></strong><strong>Allant à l&#8217;escargot</strong> un soir d&#8217;ondée maman<br />
dans les labours en bottine de vache (et le<br />
faisceau des lampes flairant la gluance un plein<br />
seau de plage à ton bras qui bavait yeux bandés)<br />
donc cheville tordue écrasa le mollusque<br />
à double sexe et la géométrie de la<br />
spirale ouverte à l&#8217;infini au partir du<br />
point d&#8217;ombilic gravé dans la coquille avec<br />
les galaxies en boule au dessus de nos têtes</p>
	<p><strong><em>In memoriam</em> Pierrot</strong> Brantôme son bastringue<br />
et autres virtuoses du piano du pauvre<br />
quand swinguaient sous parquet valse et polka musette<br />
(années cinquante et quelques) brillantine en brosse<br />
toiletté Mon Cadum et Signal aux menteuses<br />
on échangeait en gage d’amour éternelle<br />
des photos noir et blanc l’appareil à soufflet<br />
singeant l’accordéon dans l’échoppe sur cour<br />
où frilait l’échalote en appartements borgnes</p>
	<p><strong>Allons en basse-cour </strong>saisir au cou la bête<br />
ailée mais rogné son envol nous laisse au doigt<br />
la plumette électrique (à peine pour écrire<br />
poulet ou madrigal) la volaille était coite<br />
au soir en poulailler les oeufs couvis épu-<br />
rant leur ellipse au fond des nids énigmatiques<br />
comme au poème l’e caduc en cul de poule<br />
or y puisait tante Thérèse à pleine poigne<br />
les corps compacts pourvoyeurs d’édredons et de<br />
benoît sang d’homme rondement nourri de ciel</p>
	<p><strong>Mais à cueillir la pomme</strong> à mi-ciel on entend<br />
râler l’ange (ou s’il jouit) de plus près les deux pieds<br />
sur l’échelle et la main sur le fruit qu’avons-nous<br />
donné d’autre au panier que le regard de l’arbre<br />
qu’il voie entre l’osier la terre assise en pose<br />
de qui plume l’oisel à gestes de semeuse<br />
ainsi qu’en timbre poste ou franc d’argent le coeur<br />
ouvert à souvenance et révérence aux morts</p>
	<p><strong>Aimons-nous cher amour </strong>au temps qu’on fane avec<br />
griffus râteaux comme pattes de chats géants<br />
fumelles en fanchon et lui qui nage en foin<br />
ce disait à la fille le Propriétaire<br />
à boîtes de couleurs il posait près des haies<br />
chevalet et gilet de velours portait-il<br />
en breloque monocle ou soleil conjonctives<br />
au plein été rougies que c’est sanguine en car-<br />
nier pastels et fusains avec la lièvre morte<br />
et fleur botanisée pour l’herbier maternel</p>
	<p><strong>L’hiver qu’on écrête</strong> les coqs toiles herbées<br />
en embouche où rouler volatiles flambés<br />
et pourceaux en quartiers trouvées gourdes aux champs<br />
couvrant chemin de taupe et réverbérant vol<br />
d’ageasse vous aimer très chère au pied du feu<br />
marcheur de solitude et que brisant l’amande<br />
jumelle on fasse philippine au matin clos<br />
comme baraque de forains où s’ouvrait le<br />
nougat et berlingot en l’août carillonné</p>
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	</item>
		<item>
		<title>&#8220;&#8230; quand on a dix-sept ans&#8221;</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/quand-on-a-dix-sept-ans/</link>
		<comments>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/quand-on-a-dix-sept-ans/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 17 Aug 2007 08:01:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>"... quand on a dix-sept ans"</category>
		<guid>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/quand-on-a-dix-sept-ans/</guid>
		<description><![CDATA[	Ces textes ont été publiés dans Quelques poètes poitevins d’aujourd’hui (éd. Danièle Brissaud, Poitiers), anthologie dans laquelle Pierre Menanteau et Guy Valensol ont eu la bonté de m’accueillir en 1978, sous le pseudonyme de Jean-François Blévennes.
Ils datent de ma dix-huitième année.
Les relire plus de 30 ans plus tard renforce ma conviction d’aujourd’hui que l’abondance des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><font SIZE=1,5>Ces textes ont été publiés dans <em>Quelques poètes poitevins d’aujourd’hui</em> (éd. Danièle Brissaud, Poitiers), anthologie dans laquelle Pierre Menanteau et Guy Valensol ont eu la bonté de m’accueillir en 1978, sous le pseudonyme de Jean-François Blévennes.<br />
Ils datent de ma dix-huitième année.<br />
Les relire plus de 30 ans plus tard renforce ma conviction d’aujourd’hui que l’abondance des images peut nuire à l’efficacité du texte (cf. CIGOGNE, où le tour <em>XXX de XXX</em> est exaspérant), et que la prose, fût-elle poétique, ne gagne à s’étayer ni sur l’alexandrin, ni sur l’octosyllabe…<br />
Si je devais, de ces cinq essais, n’en retenir qu’un, c’est à NAISSANCE que, sans partage, irait ma préférence actuelle.</font></p>
	<hr size=4 align=center width="33%"/>
	<ol>
VAISSELLE</ol>
	<p>Une quincaillerie d’espace<br />
pénètre l’harmonie des cuivres<br />
au plus profond de la faïence<br />
(sur l’herbe ouverte à l’étendue)</p>
	<p>règne la courbe de la lune<br />
en foyer doux comme un bocage<br />
où vont par couples les grands bœufs<br />
qui portent sur l’échine large<br />
la bouse sèche de la nuit</p>
	<p><center>*    *    *</center></p>
	<ol>
CIGOGNE</ol>
	<p>Une timidité d’oiseau s’assied sur le nombril des toits. Son trop-plein d’innocence défriche un maigre carré de pluie sous la houlette de l’arc-en-ciel. Bergère, c’est là sa profession, son harmonie : les béliers de la nuit se font les cornes à ses jupons, son bec veille sur une hibernation d’étoiles et partage le jour.<br />
Ce qu’elle couve sous l’abîme de son corps, c’est un prolongement de lune – et qui la hante de son spectre.</p>
	<p><center>*    *    *</center></p>
	<ol>
LA TRUIE</ol>
	<p>La truie dévora les pourceaux qu’elle avait enfantés, leur brouettée de chair fut digérée sans peine. Puis on lui enseigna comment bâfrer les villes avec les fournées d’enfants blonds, les champs torturés d’herbes, les mers et jusqu’au vide. Mais quand elle eut broyé le monde, il ne resta plus rien, qu’un ciel qui l’engloutit dans ses porcheries d’ombre, la faisant avorter de multiples silences, et cardant de l’angoisse au métier de l’espace.</p>
	<p><center>*    *    *</center></p>
	<ol>
BOUTIQUE</ol>
	<p>La boutique était petite, mais contenait le monde. Sur les gradins de cèdre, dans des bocaux à confiture, chaque étoile était rangée, dûment numérotée par ordre d’éloignement. Comètes et météores dans des boîtes à postiches convoitaient des bonbons. Le patron, Grec mythomane de cinquante ans, devenait lune attique, et boudait dans le noir. Vertical, le silence contenait des planètes. L’enseigne à l’extérieur annonçait « Vins-Liqueurs ».</p>
	<p><center>*    *    *</center></p>
	<ol>
NAISSANCES</ol>
	<p>La grenouille accouplée dans l’eau claire<br />
pond des pierres</p>
	<p>De petits monstres de gargouilles<br />
sont ses fils</p>
	<p>Ils bâclent de la pluie<br />
sous le toit des églises</p>
	<p>Et griment sans coassement<br />
la tour sertie de précipices</p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>Cimetière des choses</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jul 2007 12:58:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Cimetière des choses</category>
		<guid>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/cimetiere-des-choses/</guid>
		<description><![CDATA[	Voiries décharges dépotoirs poubelles
tombé dans la gueule du fossé comme
un poème profond et difficile
Jude Stéfan
 
	
	- 1 - 
	Croit-on qu&#8217;on s&#8217;enquiquine
à marquer d&#8217;une croix
la tombe du navet pourri
ou celle du
tetrabrick éventré
ses entrailles d&#8217;alu reluisent au soleil
poisson fraîchement pris
béant à la lumière
ça sent le lait caillé
le nourrisson repu
remugle aussi de mort
de
transsubstanciation
	- 2 -
	La vieille et sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<blockquote><p><font size="1">Voiries décharges dépotoirs poubelles<br />
tombé dans la gueule du fossé comme<br />
un poème profond et difficile<br />
<blockquote><em>Jude Stéfan</em></blockquote>
 </font></p></blockquote>
	<ul>
	<p>- 1 - </ul>
	<p>Croit-on qu&#8217;on s&#8217;enquiquine<br />
à marquer d&#8217;une croix<br />
la tombe du navet pourri<br />
ou celle du<br />
tetrabrick éventré<br />
ses entrailles d&#8217;alu reluisent au soleil<br />
poisson fraîchement pris<br />
béant à la lumière<br />
ça sent le lait caillé<br />
le nourrisson repu<br />
remugle aussi de mort<br />
de<br />
transsubstanciation</p>
	<ul>- 2 -</ul>
	<p>La vieille et sa tribu<br />
chaque samedi pêchent<br />
la truite et la sardine<br />
au cul de la benne à ordures</p>
	<p>le supermarché livre<br />
à l&#8217;appétit des pauvres<br />
une fois par semaine<br />
une marée d&#8217;yeux glauques</p>
	<p>dont on veut bien parfois<br />
pour apaiser<br />
son propre aveuglement<br />
et calmer sa fringale<br />
de regards d&#8217;hommes<br />
jamais donnés</p>
	<ul>- 3 -</ul>
	<p>On aime à voir<br />
côte à côte<br />
vieux souliers copeaux<br />
éclats de plâtre<br />
sacs à sang coucous<br />
valises de carton<br />
posés là<br />
au hasard<br />
contrevenant à l&#8217;ordre<br />
alphabétique<br />
et décidés<br />
à écrire à rebours<br />
le monde ordonnancé</p>
	<ul>- 4 -</ul>
	<p>En famille on y va<br />
les beaux dimanches<br />
comme à la Toussaint sur les tombes<br />
faire sa révérence<br />
à ce qu&#8217;on y a déposé<br />
dont la rouille<br />
ne s&#8217;est encore empiffré<br />
ni la<br />
pourriture<br />
échappé<br />
	     (provisoire)<br />
aux morsures des rats<br />
aux sucs<br />
digestifs de la terre</p>
	<ul>- 5 -</ul>
	<p>Au printemps quand ça<br />
bourgeonne un peu partout<br />
(arbres fleurs front des filles)<br />
là-bas ce sont<br />
les sachets de plastique<br />
qui volètent à la brise</p>
	<p>vont éclore agarics flasques<br />
parmi les pâturages<br />
les vaches les avalent<br />
crèvent bouffies</p>
	<p>l&#8217;équarrisseur mouline les cadavres<br />
en fait de l&#8217;engrais azoté<br />
qu&#8217;on épand dans les champs<br />
juste retour des choses</p>
	<ul>- 6 -</ul>
	<p>On peut de tout cela</p>
	<p>(prélevant au coeur des choses<br />
l&#8217;organe encore en vie<br />
puisant à pleines mains<br />
parmi les immondices<br />
les chairs molles de l&#8217;ordure)</p>
	<p>construire<br />
l&#8217;objet nouveau</p>
	<p>(riche de rogatons<br />
yeux de poupées<br />
trognons de choux)</p>
	<p>et qui rend âme à l&#8217;existence<br />
entre les parenthèses<br />
des quatre murs du quotidien</p>
	<p>(préfigure<br />
de quelle ultime concession ?)</p>
	<ul>- 7 -</ul>
	<p>Sort de l&#8217;ordure :<br />
être pressée (orange mûre)<br />
que cela soit compact<br />
sans vide intersticiels<br />
s&#8217;il convient de mourir<br />
densifié à l&#8217;extrème<br />
sans espace où la vie<br />
framboisier opiniâtre<br />
puisse ancrer ses drageons</p>
	<ul>- 8 -</ul>
	<p>Les éboueurs<br />
enterrent les choses<br />
dans la carrière à l&#8217;abandon<br />
parmi les rocs carriés<br />
les wagonnets laissés pour compte</p>
	<p>- combler ce gouffre<br />
où les champs dégringolent<br />
quand ils maraudent dans la nuit<br />
(emplissent leur besace<br />
de choux<br />
	      topinambours)</p>
	<p>on les trouve au matin<br />
vautrés dans leur vômi<br />
triturant de chiendents<br />
le crin des chaises éventrées<br />
poupées gonflables de réforme<br />
engrossées de souffles morts</p>
	<ul>- 9 -</ul>
	<p>On peut reconnaître<br />
parmi ce qui doucement s&#8217;abolit<br />
la poussette d&#8217;enfant<br />
les piles en disgrâce<br />
mouchant aux électrodes leur roupie</p>
	<p>on les enterre en humus gras<br />
sans bois de chêne sans<br />
moelleux capitonnage</p>
	<p>auront-ils la fortune du ptérodactyle<br />
photocopié dans le silex<br />
ou viendra-t-on puiser un jour<br />
leur sang commué en sanie de pétrole </p>
	<p>pour dans les casses des faubourgs<br />
transfuser les autos mortes<br />
(Baby relax encor sanglés<br />
sur la banquette arrière)</p>
	<ul>- 10 -</ul>
	<p>La décharge est plantée<br />
debout en pleine terre<br />
			   (morte<br />
paume de mineur<br />
mangée de houille de<br />
grisou)</p>
	<p>les mouettes<br />
n&#8217;y voient<br />
que houle</p>
	<p>becquètent la viande des choses<br />
étendues (bois flottés) sur le dos</p>
	<p>et voici que ça germe<br />
pousse en poussiers terrils<br />
grises dunes</p>
	<p>tournesols<br />
pourris laissés sur pied<br />
qu&#8217;on mâche à la broyeuse<br />
pour apurer l&#8217;espace</p>
	<ul>- 11 -</ul>
	<p>Il suffirait peut-être<br />
que le raccommodeur de porcelaine<br />
entreprenne<br />
d&#8217;abouter les cassures des choses<br />
jetées à la décharge<br />
pour qu&#8217;il se forme un univers<br />
fait du méli-mélo de quelque vieille empeigne<br />
chevillée corps à corps<br />
au débris d&#8217;une fenêtre</p>
	<p>alors la terre<br />
aurait  pleine lumière sur le ciel</p>
	<p>la truffe sous le chêne<br />
abonderait l&#8217;étoile</p>
	<ul>- 12 -</ul>
	<p>C&#8217;est l&#8217;abîme et rien<br />
n&#8217;y peut rien les choses<br />
y laissent leurs hanches de fille<br />
s&#8217;éreintent se démembrent<br />
et tout est nu<br />
dans la commune misère<br />
se décompose grimpe<br />
après sa propre chair<br />
se disloque<br />
claque sa langue<br />
contre la langue du voisin<br />
cherche à reprendre souffle<br />
parmi la bouche<br />
qui s&#8217;abouche à la sienne<br />
cramponne une main de papier<br />
d&#8217;herbe de bois de fer<br />
perd pied gobe le jus<br />
bobine son ultime élan<br />
sur la poulie de la lumière<br />
- et la corde en fin brise<br />
sec sous la chenille<br />
sans chrysalide du bouteur</p>
	<ul>- 13 -</ul>
	<p>Tout retourne au liquide<br />
et la boîte de conserve<br />
la pelure du légume</p>
	<p>(mûris de rouille<br />
de pourriture)</p>
	<p>redeviennent semence<br />
entre les cuisses des racines<br />
parcourues de courtilières<br />
jardinant parmi le mou<br />
au profond du noir</p>
	<p>comme on bruit dans le silence<br />
en preuve que l&#8217;on est</p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>Suite de la rivière</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/suite-de-la-riviere-2/</link>
		<comments>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/suite-de-la-riviere-2/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 09 Apr 2007 00:27:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Suite de la rivière</category>
		<guid>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2007/suite-de-la-riviere-2/</guid>
		<description><![CDATA[	- I -
	Rivière je t&#8217;impose
le buvard de mes paumes
comme la loupe d&#8217;orme
morte pompe la pluie
	j&#8217;absorbe par les mains
les mots lâchés de lèvres d&#8217;hommes
dans les jardins au bord de l&#8217;eau
	voici - je pomme
feuilleté de paroles
en trapu chou d&#8217;hiver
	sans yeux ni bouche
rien que les doigts
à l&#8217;ancre dans la terre
	- II -
	En août elle salive; hostie, la barque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<blockquote><p>- I -</p></blockquote>
	<p>Rivière je t&#8217;impose<br />
le buvard de mes paumes<br />
comme la loupe d&#8217;orme<br />
morte pompe la pluie</p>
	<p>j&#8217;absorbe par les mains<br />
les mots lâchés de lèvres d&#8217;hommes<br />
dans les jardins au bord de l&#8217;eau</p>
	<p>voici - je pomme<br />
feuilleté de paroles<br />
en trapu chou d&#8217;hiver</p>
	<p>sans yeux ni bouche<br />
rien que les doigts<br />
à l&#8217;ancre dans la terre</p>
	<blockquote><p>- II -</p></blockquote>
	<p>En août elle salive; hostie, la barque y fond<br />
parmi les alevins. Crampe affamée des saules<br />
doigts crispés végétalement sur l&#8217;abdomen<br />
rentré de l&#8217;eau. Quasi squelette : on voit le gué<br />
de ses vertèbres sous la peau. Bourbe, algue inculte :<br />
l&#8217;entraille à sec (et cent pubis autour - herbus)<br />
attend qu&#8217;on y lise un destin. Tout vu : rien que<br />
la pente vers la mer goulue d&#8217;amonts, d&#8217;ubacs.</p>
	<blockquote><p>- III - </p></blockquote>
	<blockquote><p><em>Pêche de l&#8217;étang</em></p></blockquote>
	<p>L&#8217;ampoule de l&#8217;étang sécable aux vannes<br />
et le pêcheur friand de carpes<br />
rompt les moignons 		l&#8217;outre<br />
s&#8217;ouvre et la parole<br />
perfuse les labours</p>
	<p>voici - l&#8217;anguille fuit		enfile<br />
son paronyme<br />
dans la couture des prairies </p>
	<p>plus bas l&#8217;air tue les ouïes (battement d&#8217;ailes<br />
d&#8217;oiseaux sans aile)		les mots trop lourds<br />
s&#8217;envasent		cadavre exquis des tanches<br />
silures		la phrase<br />
s&#8217;épelle ventre en l&#8217;air</p>
	<p><img src="http://www.benningtoncenterforthearts.org/art/AAA2006/wArnett,%20J%20A,%20Rain%20on%20the%20Gartempe,%209%20x%2012,%20oil,%20$2,800.jpg" alt=" Align="center" Width=300 title="Joe Anna Arnett : Rain on the Gartempe" /></p>
	<blockquote><p>- IV -</p></blockquote>
	<p>Mâchonne tendrement la terre	(le moulin<br />
a perdu son dentier)	molaires<br />
d&#8217;eau en meule à grain 	à peine<br />
germé		racine, ma rivière au coeur<br />
de la pierre écorchée, mouille<br />
dans la nappe	- plus bas -	phréatique<br />
sourcilleuse sans yeux sourcifère à l&#8217;aveugle<br />
creuse le bon manger, trempe<br />
ton pain dans les vins à venir<br />
les miettes 	chues de tes lèvres<br />
ourdissent des îlots</p>
	<blockquote><p>- V -</p></blockquote>
	<p>Nasse à brochet, tambour de machine à laver<br />
dans l&#8217;eau, lessive la rivière, épure au fil<br />
de l&#8217;eau - lin mis à rouir - la parole engoncée<br />
du vieux qui bêche en camisole, mains crachées<br />
sur le manche et le fer. Tourne, épointe la mine<br />
de l&#8217;eau qui va chercher la mer - que l&#8217;écriture<br />
soit fine sur la plage et la coquille d&#8217;huître.<br />
Crue et pissot, pleins et déliés : qu&#8217;à l&#8217;arrosoir<br />
le dahlia, la violette aient du plus pur à boire,<br />
et que rincés les mots racinent sur les berges<br />
en lithams aux buissons.</p>
	<blockquote><p>- VI -</p></blockquote>
	<p>Tu suis ton cours et je poursuis les mots<br />
et nul ne perçoit plus ta trouée coutumière<br />
nul n&#8217;entend ma parole</p>
	<p>Nous sommes similaires<br />
tu es poète et je deviens rivière</p>
	<p>A peine un cri - parfois - dans les roseaux<br />
grenouille ou rossignol<br />
pour faire avec ce peu de chair<br />
par l&#8217;eau preuve du chant</p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>Itinéraire d&#8217;un francophone en Caraïbe</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2006/itineraire-dun-francophone-en-caraibe/</link>
		<comments>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2006/itineraire-dun-francophone-en-caraibe/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 21 Dec 2006 17:27:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>Itinéraire d'un francophone</category>
		<guid>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2006/itineraire-dun-francophone-en-caraibe/</guid>
		<description><![CDATA[	ITINERAIRE D’UN FRANCOPHONE EN CARAÏBE
	(Ce texte a été publié dans le n°19 de la revue Hauteurs)
	« Caraïbe à paroles ! » fais-je s’exclamer le navigateur de mon Ulysse au seuil des îles : oui, grande mêlée des mots que cet espace en forme de bouche, avec la mer pour langue, Antilles incisives, et gorge continentale [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><center><strong>ITINERAIRE D’UN FRANCOPHONE EN CARAÏBE</strong></center></p>
	<p><center><em>(Ce texte a été publié dans le n°19 de la revue <strong><a href="http://www.hauteurs.fr">Hauteurs</a></strong>)</em></center></p>
	<p>« Caraïbe à paroles ! » fais-je s’exclamer le navigateur de mon <em><a href="http://www.ibisrouge.fr/livre.php?ref=247">Ulysse au seuil des îles</a></em> : oui, grande mêlée des mots que cet espace en forme de bouche, avec la mer pour langue, Antilles incisives, et gorge continentale – tout cela qui parle, module, stridule, pose des noms sur une carte, un de ces portulans du temps jadis où les îles s’érodent, ébarbent leurs criques trop déchirantes, adoucissent leurs consonnes trop abruptes et les laissent lentement fondre sur les papilles de l’océan. Je dis cela – cet espace bleu, les bordées de phrases, le galet de toutes langues qu’entrechoquent les marées, et l’étincelle qui en résulte – soleil tout juste adolescent, plus Dionysos qu’Apollon, l’unificateur brouillon, le créateur d’idiomes.</p>
	<p>Francophone venu d’ailleurs, du vieux continent qu’on envisage à la lorgnette du haut des mornes, mais la distance est telle que des Finistère la pupille ne cueille pas grand-chose – Atlantique, dit-on, de cette masse d’eau sans libellule - que des avions - qui sépare le nouveau monde de l’Europe. Alors, de guerre lasse, puisque l’œil, repu de vagues sempiternelles, est aveuglé par la distance, on tend l’oreille – et des voix ô merveille sont perceptibles, plus proches, qui causent à la cadence des cœurs, au rythme de la marche, les voisines, les voix d’îles : et ce sont, apportés du vieux continent par d’antiques goélettes, le français, l’espagnol et l’anglais qui agitent leurs syllabes, clochettes, les emmêlent, en laissent aux branches des épineux des flocons – c’est que ça s’élide sec, s’apocope, s’aphérèse, craque – recrée. </p>
	<p>Francophone, donc, venu d’ailleurs, né en vieille terre de Poitou, mais bourlingueur en diable à la façon de cet autre, aussi friand de langues, l’homme aux semelles de vent, le Rimb’ – mais lui, c’est un autre continent qui le hélait, lui, d’autres idiomes, l’amharique, l’arabe, les langages des bordures de cette mer aussi rouge qu’est verte et bleue la grosse houle caraïbe. </p>
	<p>Francophone donc, tiré d’un ventre latin – l’accouchement ne se fit pas sans douleur, puisqu’il fallut couper à ras les entrailles le cordon du vieux poitevin, cisailler la voix des grands-parents, l’origine champêtre, pour prendre le respire de l’autre souffle, l’hyperboréen ligérien français. </p>
	<p>Francophone au final, si l’être c’est parler français – vaille que vaille on le parle avec çà et là des réminiscences d’ailes rognées, la mémoire des voyelles d’enfance, francophone au final, mais avec toutes les autres langues, celles apprises à l’école et dont on médite la rencontre, et celles moins fréquentées dont on dévore à treize ans les grammaires, le soir au lit, comme d’autres lisent <em>Le Dernier des Mohicans</em> ou Jack London, calmant de cette manière une fringale d’horizons lointains, mâchant le phonème étranger, tâchant de se l’incorporer, d’en faire sa chair. </p>
	<p>Francophone au final, mais empli d’échos, de désirs d’échos, de leur accomplissement, passant du rêve à la réalité – c’est alors qu’on voyage, que l’on parcourt le monde.</p>
	<p><center>* * *</center></p>
	<p>Après d’autres périples, on débarque un jour, francophone donc « de naissance », en Martinique, avec pour mission d’affermir et d’affirmer ce qui lève – le grain, la francophonie dans cette région, c’est là ma charge à l’Université (des Antilles et de la Guyane) où j’exerce à ce jour depuis bientôt huit ans, co-dirigeant, avec mon collègue et ami Pierre Dumont, l’Institut Supérieur d’Études Francophones (ISEF), sillonnant sans relâche l’arc antillais, de la Havane à Port d’Espagne, tâtant la mamelle énorme de l’Amazone, puisque mes itinéraires professionnels me conduisent jusqu’au nord du Brésil, Para, Amapa, pays d’eaux et d’aras – en un mot : pays riches de parole, loquaces, babillards. J’y parle aussi, me mêle au concert : parmi toutes les autres langues, le français, ma langue, que je promeus en souci de partage, donnant ce que je possède à ces autres qui, en écho, me donnent ce qu’ils ont. Car nous croyons à cet échange, nous autres acteurs de la francophonie, et pensons que le plurilinguisme est la voie la plus apte à nourrir la diversité.</p>
	<p>En effet : célébration du divers, et sa stimulation, que la francophonie : il n’est pas question d’arracher ou même de tuteurer, mais de planter à côté, au plus près du tronc. Deux arbres qui s’enlacent, qui croisent leurs branches comme les orants leurs mains (<a href="http://www.sculpturegallery.com/sculpture/la_cathedrale.html">Cathédrale</a>, bien sûr, de Rodin, mais sans rejet de l’image des antiques Philémon et Baucis, ce beau couple d’humains changés en chêne et en tilleul, imbriqués l’un dans l’autre) – deux arbres qui se touchent créent un début de canopée où le vivant prospère. Nous voulons l’amalgame des feuillages les plus hétérogènes, le bosquet fouillis, la forêt, la masse grouillante de vie, le maintien des espèces et des espaces : c’est à cette fin que nous poussons notre langue à la roue, que nous la débourbons des chemins creux de sa grammaire austère pour la mener à la bonne parole, celle qui unit, met avec, fait le pont, rend guéable toute solitude. </p>
	<p>À ce titre, je m’harmonise à votre écho, créolophones d’Haïti, de Guadeloupe, Martinique et de Guyane, hispanophones de Cuba, de Saint-Domingue et du Vénézuéla, anglophones de Trinidad, Grenade, Sainte-Lucie, Dominique, Saint-Christophe et de tant d’autres îles, je suis avec vous, lusophones de Belem et de Macapa, dans la force de vivre et souvent la pauvreté tragique – comme étaient pauvres aussi mes ancêtres bas-poitevins, mes vieux diseurs dans leurs champs de mauvais tubercules, dans la disette et la jachère, mes ventres creux qui mouraient jeunes sur leur paillasse. Je suis avec vous dans le partage, en somme, bidimensionnel, de la francophonie - dans l’espace et dans le temps : car nous sommes aussi des héritiers, nous autres francophones, de la longue série des âges où, remontant au plus loin, j’entends se parler de vieilles langues, qui se métamorphosent, prises dans leurs bouches par de nouvelles populations qui se les approprient, en font leur pain de chaque jour, s’en nourrissent et s’en accroissent. </p>
	<p>C’est en effet l’apanage de certaines langues que d’avoir des racines enfoncées profondément dans la mémoire des hommes, de fertiliser l’humus humain depuis kyrielle de siècles. J’aime, francophone, à me penser en héritier ; non pas riche de biens familiaux, mais je partage un communal avec les gens de mes rivages, nous avons, où nous menons nos paroles quotidiennes, les mêmes pâtures, lesquelles sont de bien vieilles prairies, de vieux lieux de culture en partie ruinés mais dont il n’est pas mal aisé, dès lors qu’on le veut, de restaurer, pour le plaisir de l’œil et de l’oreille, l’ancien ordonnancement. Je plaide en faveur de la luxuriance des littératures antécédentes, dont peu m’importe qu’elles nous aient, ou pas, civilisés : mais je crois au plaisir qu’elles nous donnent, moins guindées dans le marbre ou dans l’airain qu’on pourrait le penser - mais effervescentes et rouges comme une vendange de Prosecco, volcaniques, éruptives, dès lors qu’on prend le soin de les dégager de leur apprêt, de désobturer les flacons solennels où la tradition scolaire les a conservés. J’ai la conviction que les faunes et les nymphes d’Horace, ses sacrifices de biquettes aux sources, que l’univers païen mis en scène dans les Odes - que tout cela est bien plus en rapport avec la vision vaudoue du monde qu’avec tout autre religion, que la latinité, même dans ses expressions les plus olympiennes en apparence, sert bien plus Dionysos qu’Apollon. Le français, puisqu’il est sorti de cette matrice et malgré tous les coups de langue qu’il a pu recevoir au cours des siècles, le français, tout bien léché qu’il puisse aujourd’hui sembler, doit bien se souvenir quelque part de cette origine. Ce lieu, cet héritage pressenti, je l’ai retrouvé bien sûr chez nombre d’auteurs français, mais peut-être nulle part avec plus d’acuité que chez certains écrivains d’Haïti : au premier rang d’entre eux, je pense à Jacques Stephen Alexis, dont le roman <em><a href="http://jacbayle.club.fr/livres/Haiti/Alexis_3.html">Les Arbres musiciens</a></em> me semble prendre place directement dans cette lignée, situer sous d’autres latitudes l’endroit et le moment où le cri « le grand Pan est mort » fut entendu au large de Paxos par Thamous, capitaine égyptien de vaisseau.</p>
	<p>Le grand Pan, le « grand Tout » est-il si mort que nous ne puissions, nous autres francophones, envisager de lui insuffler une vie nouvelle ? Remontant du fond des âges dans l’exaltation géographique qui est la nôtre, habitants de la Caraïbe, il me paraît que la francophonie dans son « être le là » donne à l’existence une dimension complémentaire, en ceci qu’elle pose l’être aussi dans la réalité d’un passé millénaire dont elle se doit d’être consciente. C’est ici l’idée que je défends : nous avons, nous autres francophones, un combat à mener qui excède les limites de la seule langue française dans ses expressions hexagonales ; un combat d’avant-garde, où s’ébauche un dialogue dans l’espace et le temps et qui excède très largement la simple question de la communication.</p>
	<p>Francophonie, oui, mais pour le partage originel, et non pour la seule causette. Pour celle-là, j’ai d’autres langues en tête, qui me parlent différemment – je pense à l’anglais, bien sûr, charnu des causeries du moment. Le français m’offre quant à lui une tout autre perspective - cette plongée dans le monde et dans l’histoire, dans ce qui peut-être a nom « culture », qui n’est pas égoïste et qui nous vient d’aussi loin que de très près. Écrivain francophone, je porte sur l’univers un œil naïf et séculaire, ce que je vois de mon entour m’est perceptible à la fois dans l’immédiateté et dans la rétrospection, toutes deux consubstantielles. C’est cette horizontalité profonde qui fait mes délices, et que je souhaite donner aux autres. C’est là tout ce que j’aime, et que j’essaie de promouvoir.</p>
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		<title>Poèmes des îles qui marchent</title>
		<link>http://www.larsenal.org/lionel.martin/index.php/2006/poemes-des-iles-qui-marchent-2/</link>
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		<pubDate>Sat, 04 Nov 2006 23:35:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lionel-Édouard Martin</dc:creator>
		
	<category>critique</category>
	<category>René Philoctète</category>
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		<description><![CDATA[	PHILOCTETE MAGNIFIQUE(1) 
	Poèmes des îles qui marchent, publié par Actes sud, est une invitation à (re)découvrir l’œuvre capitale du poète haïtien René Philoctète (1932 – 1995) au travers d’une anthologie de ses principaux recueils, dont la production s’échelonne de 1961 à 1995.
	Méconnue hors de Haïti, où la poésie contemporaine se réclame pourtant volontiers de son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[	<p><center><strong>PHILOCTETE MAGNIFIQUE(1) </strong></center></p>
	<p><em>Poèmes des îles qui marchent</em>, publié par <a href="http://www.actes-sud.fr/">Actes sud</a>, est une invitation à (re)découvrir l’œuvre capitale du poète haïtien <a href="http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/philoctete.html">René Philoctète (</a>1932 – 1995) au travers d’une anthologie de ses principaux recueils, dont la production s’échelonne de 1961 à 1995.</p>
	<p>Méconnue hors de Haïti, où la poésie contemporaine se réclame pourtant volontiers de son héritage, la poésie de Philoctète saisit d’abord par sa forte unité. L’ancrage haïtien est la dominante majeure de cette écriture résolument moderne, qui, dans la foulée du <a href="http://www.alliance-haiti.com/culture/literrature/frank-etienne.htm">spiralisme(2) </a>, « cass[e] l’aile au lyrisme des natures mortes et des vertiges », où nul « doudouïsme(3)  » ne se laisse percevoir : paysages brossés, mots employés, rythmes évoqués, tout ramène le lecteur aux Antilles, à ces îles « chantant sans cesse gencives nues / parce que habituées depuis guimbo(4)  à bercer les écoeurements / des maîtres / en swing en rumba en meringue en tango ». Le poète lui-même plus d’une fois prend chair dans son île natale : « je vais forêt immense aérienne / l’herbe guinée m’ayant poussé sous les aisselles / mancenilliers campêches palmiers royaux orchestrés leur / musique sur mon corps de démiurge » ; c’est qu’en effet « moi, poète, j’ai le pouvoir de posséder la vérité de mon pays ». D’Haïti, il est le contemporain et le témoin : « j’ai […] marqué mes pas sur les pas du peuple mien et gardé la juste mesure des us et des coutumes. […] J’ai mis mon cœur dans la banalité des faits divers comme dans l’approche des démarches profondes de la nation », écrit-il dans « Petite note » (<em>Herbes folles</em>, 1982).</p>
	<p>Pour autant, - et c’est le marque de l’humanisme somme toute classique de Philoctète, professeur de lettres, - la contingence haïtienne, pour prégnante qu’elle soit tout au long de l’œuvre, ne coupe pas le poète de l’universel : car « quiconque dans la nuit pleure sur la ville et sur son cœur / saigne en moi », « je prie mon cœur de battre ferme / pour qu’on l’entende de partout ». Le rôle du poète (« L’homme m’envoie vers vous ») n’est-il pas en effet d’aller vers autrui pour « faire route ensemble », de « laboure[r] les cœurs pour les épis d’amour » ? D’unir, puisque « l’Homme n’est jamais seul alors que je vous parle et que vous m’écoutez », et qu’on écrit « pour être deux, pour être mille », jusqu’à ce rebours de Babel, la confusion fondatrice de l’unicité (« dites aux gens d’ici / de partout / que j’avais le grand désir de confondre leurs langues / leurs terres leurs amours ») ? De s’offrir en un sacrifice eucharistique très explicite : « j’ai mis mon cœur à partager / comme un gâteau » ? </p>
	<p>Le poète délivre ainsi son message d’amour (à cet égard, le mot « cœur » est de ceux que Philoctète ne cesse d’employer, aussi omniprésent que le je de l’auteur, dont il semble indissociable), spécifiquement à son épouse, Margha (à qui il a d’ailleurs dédié son recueil éponyme de 1961, et dont la présence est sous-jacente à l’œuvre entière, puisque « Partout dans mon poème / Margha est une lune en visite à la terre »).<br />
Mais cet amour de poète va bien au-delà de la cellule familiale, que le poète adresse à toute l’humanité, celle en particulier, la plus meurtrie, dont « la vie est déchiquetée / comme du gras double chez le boucher » : c’est que le poète (n’est-il pas « poète et citoyen » ?) professe un engagement auprès de l’homme. Ainsi met-il en garde les acteurs de la violence : « Seigneurs de guerre et de désolation / ô vous / dont le rire dans la nuit des hommes / claque / comme un sabbat de haute flamme / apprenez / que la plus petite larme d’un peuple a valeur d’éternité », aussi le poème est-il « poème de salut public », une arme levée contre toute soumission : « portez-moi à concevoir que cette terre mêlée au ciel / et ces colombes du soleil / ne m’appartiennent plus / je reprends d’un coup ma force d’homme et de poète », jusque dans un des tout derniers poèmes de l’auteur, improvisé lors de son ultime intervention publique : « Moi je maudis le manège qui sabre / qui sourit qui bénit / et qui tue ». </p>
	<p>À la foison baroque des thèmes, fait écho une écriture caractérisée par le verset illustré par des poètes dont Philoctète se réclame explicitement lorsqu’il évoque le « rêve épique d’Aimé Césaire », son aîné martiniquais, ou plus secrètement – et je pense à cet autre créole, Saint-John Perse(5) , qui se donne presque à lire dans certains passages de <em>Promesses </em>(1963) : « Voici qu’un peuple triomphant ouvre les fastes de la fête qui n’est / point d’aujourd’hui mais d’antique et d’histoire… » « ce n’est point d’une fête quelconque que je parle mais d’une / promesse véritable prenant bourgeon aux hautes branches ». La Bible aussi marque notre auteur, en terme d’un nouvel évangile à porter : « je vais ! / poète d’un Cantique des cantiques fabuleux / annoncer au monde une nouvelle façon de voir », mais aussi d’exercice d’imitation, voire d’acclimatation : « son rire pétille comme un oiseau dans les tcha-tcha(6)  / ses yeux sont deux étoiles / viens ma bien aimée, ma tourterelle toutereine » Ailleurs, ce sont de beaux, très purs et simples alexandrins qu’Eluard, admiré de Philoctète,  n’eût pas reniés: « je redescends ma rue parmi l’odeur des mangues » « Margha de tous les bras tendus pour la récolte / […] / Tu m’as donné mes mains ma force ma raison » « rythmant ma gamme à la hauteur des gestes fauves ». </p>
	<p>Pour autant, et malgré ces influences (mais quel poète n’en a pas subi, qu’il a su assimiler ?), on est confondu par l’unité de ton de l’œuvre, telle qu’elle se développe sur plus de trente années : c’est qu’il s’agit aussi d’une poésie fondée sur l’oralité, la plus simple et parfois la plus familière et la plus démonstrative : « mon amour je l’ai planté à lune nouvelle / et les fruits que j’en tire c’est gros comme ça », caractérisée par un lexique souvent concret, les objets les plus triviaux, puisqu’il est vrai que les hommes « marche[nt] avec le bulldozer / l’électron la dynamo ces affaires sensationnelles que le crieur / annonce au coin des rues ». Mais oralité aussi constitutive de la parole poétique, ponctuée, semble-t-il, par le seul rythme du souffle (à cet égard, il y a chez Philoctète quelque chose de claudélien), telle qu’elle s’exprime, mais les exemples fourmillent, dans des séquences comme celle-ci :  « soleil ô / soleil ô / de quel côté tu es / trois fois nous avons frappé à ta porte / soleil ô / les enfants sont malades / soleil ô / de quel côté tu es ». </p>
	<p>On se doit aussi de prendre en compte, dans le vers de Philoctète, l’influence de la musique et de ses rythmes, dont celui, fondamental, emblématique, du tambour (et plus accessoirement de la chanson populaire, à l’occasion quelque peu malmenée : « Adieu madras adieu foulards / quel langage dans ma mémoire dit à moi un vieux refrain ») : ce n’est pas pour rien qu’un des tous premiers recueils du poète a pour titre Les Tambours du soleil. La référence aux percutions sera par la suite une constante de l’œuvre, comme si la poétique de Philoctète devait métaphoriquement se fondre dans le martèlement : reviennent ainsi sous sa plume comme autant de leitmotivs le verbe « frapper » (et la porte où l’on « frappe » donne toujours lieu à ouverture) et l’évocation de la frappe sonore (« tam-tamant l’alaploume(7)  à la paresse des banjos » ; « moi sorcier de ces terres lâchées dru drums en rut cognant recognant / leur front sur le chemin des madrépores » « des cloches de verre roulent sur les toits chantant à tue-tête » « l’écho des cymbales »). C’est que, poésie de la tendresse et de l’amour d’autrui, la poésie de Philoctète est aussi, fondamentalement, une poésie de la vigueur ; d’où cette coloration singulière qui l’imprègne et lui confère son timbre ; qu’on en juge à l’oreille : « la traîne / où louvoient des climats qui flambent : / Martinique / Inague / Antigue / comme un grand ballet de phosphore », ou encore : « ma terre / crevée / vieillie sans puberté / flasque / culbutant toute / soûle / pwak / éreintée / violée / hoquetant de saisons accumulées de soif / sèche / tronçons épars et sans attaches / aux tripes de pierre ».</p>
	<p>René Philoctète : <em>Poèmes des îles qui marchent</em>. Actes sud, février 2003. 104 pages, 17€.</p>
	<hr size=2 width=250 align="center"/>
	<p><font Size=1> 1 : je reprends ici, sans nulle intention de parodie, le titre du roman du Martiniquais Patrick Chamoiseau, <em>Solibo Magnifique</em>.</p>
	<p> 2 : mouvement littéraire haïtien, fondé en 1965 par René Philoctète, Jean-Claude Fignolé, Frankétienne et Bérard Cénatus. Frankétienne en donne la définition suivante : «  [il s’agit de] cerner la vie au niveau des associations (par les couleurs, les sons, les lignes, les mots) et des connexions historiques (par la situation dans l’espace et le temps). Non dans un circuit fermé, mais suivant une spire plus élargie et plus élevée que la précédente, agrandir l’arc de la vision » (cité par Raymond Philoctète, Anthologie de la poésie haïtienne, Les Editions du CIDIHCA, Québec, 2000, p. XXIV)</p>
	<p> 3 : ainsi nomme-t-on cette « poésie des îles » nourrie d’un Parnasse tout régional, où l’influence se fait sentir, dans le meilleur des cas, de  Leconte de Lisle et de ses épigones. Les auteurs représentatifs de ce courant sont légion dans la Caraïbe francophone du 20ème siècle.</p>
	<p> 4 : « de toute éternité, depuis fort longtemps »</p>
	<p> 5 : sur l’antillanité de Saint-John Perse, je renvoie  à l’ouvrage de Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau, Lettres créoles, Hatier, 1991, p. 159 et sq. </p>
	<p>6 : en créole haïtien, les « tcha-tcha » sont des maracas.</p>
	<p> 7 : l’alaploume est un combat de coqs, dont l’action est traditionnellement rythmée par les tambourineurs.</font></p>
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