Le blog de Lionel-Édouard Martin

Extraits de Brèches (éditions Encres Vives)

Lionel-Édouard Martin — 2 août 2005

Tu habites, par la conjonction des pierres, dans un dire polyphonique et minéral : ta maison parle, chacun de ses moellons
Enchaîne ses mots aux mots des autres, imprime sa résonance à l’arête où il s’emboîte comme on creuse de la nuque et de l’épaule le foin du sommeil.
De la pierre équarrie de main d’homme coule une parole aussi fluide que du galet arrondi par la rivière ou l’océan,
Et ton poème aussi
N’est pas moins anguleux que l’embrasure de tes fenêtres
Où s’écrit le vol
Des oiseaux circonflexes.

***

De la libellule, tu regrettes qu’elle ne soit le petit livre un temps considéré (mais sans autre assise que celle d’une imagination trop encline aux songeries) pour source de son appellation : comme si son vol, et qui vibre à toute surface d’une voilure moins légère que soucieuse de s’articuler autour du moindre souffle, de s’exprimer sur le fond d’air le plus léger, eût dû trouver son origine et son aboutissement dans la charnière, autour du dos fuselé, nervuré d’or, apte à l’effusion du sens vers les terres de migration, de ses quadruples ailes, en attente d’un regard d’homme, seul lecteur, qui en eût pénétré les mots, dérivant ses propres pulsations (lors détachées du cœur et du sommet du pouce) vers ses lèvres pour les faire murmurer à l’unisson des Sphères
Vrombissant dans les nuits italiennes
Entre tombeaux et voie lactée.

***

Demoiselle, approche, des lèvres de la source, le murmure, cher à Scipion, suscité par tes ailes, comme le soir donne à goûter un baiser d’astre à l’eau dure et froide tirée nue de son sommeil par quelque rêve océanique ;
Pose sur la corolle ouverte ton bruissement, laisse l’étoile reprendre souffle avant la nuit où de grès et de sabot vermillera le sanglier
Parmi les souches sans conscience, le rampement des mots sans voix : puis de nouveau
Froisse le silence de ton orgue stellaire.

***

Autres insectes qui d’élytres
Engagent aussi l’étoile et son pesant de murmure :
Cerf-volant dit lucane, locuste, capricorne,
Escarbot, scarabée, hanneton, criquet mangeur de mil,
Et ceux qui transperçant l’écorce pénètrent la parole du bois
Et ne diront pas mieux, de chair d’arbre nourris, que ne dirait l’oiseau
Mais vibreront dans l’air d’une même acuité sombre qu’à ses tempes l’œil du merle.

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