Extraits de Ulysse au seuil des îles (Ibis Rouge éditeur)
J’avance à mains nues parmi les mots. Ecrire : nager, lutter avec le vague, charnellement, à tout corps. Les tirer (les mots), bras levés et les paumes en crochet, - qu’ils reflètent - du ciel, allongé (ciel ou moi) dans la mer, l’algue et la méduse dépourvue de sang, chapelet de brûlures : des astres plein le derme, j’y lis des galaxies, mon archipel, caraïbe à paroles.
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L’île parfois qui s’ébroue comme anémone de mer retroussant son prépuce pour garder vie : j’y prends pied, m’érige sur l’alpage emmêlé.
Nichée de la fournaise, c’est vulve au bout d’un sein.
Toison debout - l’oursin forestier.
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Celle qui serait nue dans l’air, au plus bas du mot ciel, pour la pluie flaireuse de peau, et qui mettrait ses pas dans la lumière - enclosant la nuit dans sa nudité, lui prêtant main forte et jambe fière pour l’établir sur l’oiseau gourd,
Le poisson sidéré.
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Ulysse parle :
“ Face au miroir, dans une grimace à moi seul adressée, me tirer cette langue étrangère (et pas seulement bifide, mais ses pointes sont légion, sous le fouet des consonnes cloutées de voyelles aux claquements brefs) - qu’ici l’on parle,
- Langue d’autrui mienne en devenir, si j’en recouvre mes papilles, m’en imprègne, ensalivant mon nom dans ce neuf tissu liquide, sécrétant la soie qui me dévorera, nourrissant ma chair de ma propre substance,
Tant de langues me pénètrent et me mâchent, que je mâche et remâche pour les mieux pénétrer -
Et je deviens cet il, cet autre qui n’est pas moi, où pourtant je m’incarne et m’insuffle, forme vide, mais où personne ne me reconnaît,
- Qu’un vieux chien dont enfant j’ai flairé, dans sa gueule au remugle d’évier, l’aboi sec comme le crissement des ciseaux dans la toile à marine. ”