Extraits de Jeanlou dans l’arbre (éditions L’Harmattan)
Jeanlou n’a jamais aimé la nuit ; même il déteste l’ombre, il a peur dans le noir. Il n’est d’ailleurs pas seul à ressentir cette anxiété, rares sont ceux qui par chez nous se promènent à la lune. À son âge il a connu les derniers loups qui hantaient encore nos brandes au seuil des années vingt. Connu, au sens qu’il en a vu, entendu, des loups, des vrais, certains soirs qu’il rentrait à la ferme, et des enfants la bave aux lèvres, hurlant corps entravé pris entre deux paillasses pour contenir leurs gestes fous, leur agonie convulsive. Pas moyen de nier la rage, et les loups sont bien réels, qu’on voit, les loups, que l’on entend ; et l’on ne s’y fie pas, aux menteries apaisantes : loup, loup, jamais qu’un gros goupil, qu’un renard voleur de poule, un pauvre diable de chien-loup perdu dans la forêt - c’est là ce que l’on prétend pour calmer la frayeur des drôles, mais au fond de soi-même, on sait qu’on ne peut nier ni le loup ni la rage, tant parlent à la bouche des mordus l’écume et les grimaces.
Le jour a chu pourtant depuis quelques minutes, après un crépuscule cerise, comme sont en juin les crépuscules. L’été, le crépuscule est une belle chose évocatrice, Jeanlou l’a regardé comme une belle chose évocatrice, non toutefois sans angoisse : cerise ou sang, c’est du pareil au même. Il a cueilli une ronde poignée de fruits, de gros cœurs de pigeon dont il a mâché scrupuleusement la pulpe. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas goûté la chair rouge d’une cerise. Il regrette du coup, tant c’est bon dans la bouche, de si rarement penser, à la saison que ça mûrit, à décrocher quelques-unes de ces grosses boules bien lourdes. Il aurait pu s’en faire, chaque année, tiens, des boucles d’oreilles, ils en portent bien, les romanichels, en belle évocation de celles qu’il cueillait autrefois pour ponctuer de rouge, grenats de pacotille, les oreilles de Mathilde. Cela faisait avec ses lèvres, à Mathilde, un triangle aux angles rouges. Elle n’avait que ça d’aigu, Mathilde : ce triangle des étés commençants ; une aube, un crépuscule triangulaires - le visage de Mathilde.
Jeanlou pense à Mathilde en mâchant la chair rouge des cerises, et c’est comme s’il mordait la bouche de Mathilde, l’arbre est plein de ces morsures – mais la Mathilde des temps anciens, quand elle était encore une toute jeune fille qui courait dans les prairies, parmi coquelicots et renoncules (et posé sous le menton : le reflet du bouton d’or à même la peau disait si l’on aimait le beurre). Baiser solaire, là jaune, ou morsure pourpre ; il y a bien longtemps qu’elle n’est plus jeune, Mathilde, et que Jeanlou non plus, qu’ils vont ensemble dans la nuit parmi les loups. Le temps passe, la preuve, les voici désormais vieux, seules les cerises sont encore rouges, les cerises n’ont du temps qu’une notion colorée.
Pas comme Jeanlou : cela fait tout juste une heure et quarante-six minutes qu’il est à cet endroit, c’est sa montre de gousset qui le lui dit ; une vieille montre à boîtier de cuivre, qui marche bien, ma foi. Comme quoi, hein, oui, comme quoi. Cela fait, oui, cinquante-deux ans qu’il la trimbale dans la poche de son pantalon, qu’elle compte fidèlement les heures et les minutes pas très loin de sa queue, cet embarras de poils et de chair molle. Dans l’autre poche, c’est son couteau qu’il a, son bon couteau. Simple : une lame, mais longue et large et bien coupante, serpette, poinçon, manche en bois, son couteau : peut-on vivre sans couteau dans sa poche ? On marche dans la vie avec dans la poche un couteau, dans l’autre une montre, entre les deux pendouille la queue si l’on est homme, ou bée le trou si l’on est femme. Mais les femmes n’ont pas de poche où mettre ni couteau ni montre, la poche est l’apanage des hommes, et le couteau, la montre de gousset.
La toile cirée est empreinte de chiures de mouches, les insectes n’ont pas de mots à donner aux humains, ils se contentent de poser des points tout au bout de leurs phrases d’hommes. Surtout quand ils mangent, les hommes, c’est là qu’ils parlent, alors leurs mots, les mouches les encrent de chiures sur la toile cirée, le pain est bien trop éphémère ; ou sur la suspension de fer émaillé, quand les paroles au lieu de ramper volent dans l’air, entre sol et plafond. Les mouches défèquent, hop, hop, à la fin de chaque phrase, elles rythment de leurs chiures le bredouillis des hommes, vrombissent, affairés typographes, en un perpétuel travail d’imprimerie.
On tâche de s’en défaire, on accroche aux poutres de longues volutes d’un papier gluant dégainé d’une cartouche. Elles agonisent en une vibration qui croît, décroît, recroît - rien d’attendu, ni qui plaise à l’oreille, mais on aime bien quand même, cela mange le silence et tant pis pour les nerfs. On pourrait à les voir de loin penser à des mots jetés de guingois sur une étroite et longue paperole, à une grappe de signes dépourvus de sens qui pendrait à l’abandon, sans main qui la cultive. Quand elles sont trop nombreuses, qu’elles saturent de leurs corsets la spirale poisseuse, on retire la bande, avec une répugnance on jette le manuscrit bancroche dans la fournaise de la Rozières. Cela brûle à merveille, brasille, dans une odeur de produit chimique et de poils roussis.
Aux temps lourds, l’odeur du lait leur fait composer de beaux longs paragraphes, aux mouches ; de beaux longs paragraphes pour peu qu’une goutte de lait se soit posée sur la toile cirée dans une éclaboussure. L’hiver, le lait sent moins fort dans la cuisine, les odeurs stagnent dans les seaux avec la crème à la surface du blanc. Les mouches, en hiver, sont toutes mortes, décimées par le froid, seule une folle, à l’occasion, très vieille, enfin vieille pour une mouche, rescapée de l’automne, s’échappe du foin dans l’étable et taraude la vieille parlure des hommes avec un bruit de tarière. On n’en revient pas, on est là qui s’étonne, une mouche en plein hiver ! d’un coup de serviette, on s’efforce de l’abattre. Engourdie, elle s’écrase bien vite ; ce sont de ces grosses mouches sans durée face à l’homme. Leur dépouille ponctue d’un gros point velu les quelques mots qu’en hiver on échange. Ce n’est pas grand-chose, ce qu’on dit en hiver. Il y a des saisons plus causantes, le printemps par exemple ; les mouches doivent le savoir, qui naissent alors en masse, et vrombissent à tout va.
À force, les chiures, on finit par ne plus les voir, et quelle utilité de les faire disparaître : il faudrait dès le lendemain reprendre à neuf le décrassage ; ou cesser de parler, ou dire des phrases sans point, de ces phrases longues, aériennes, qui prenant leur essor de volute ne cesseraient de monter, toujours plus haut, de la basse au soprane, et sans pause entre les termes. Elles sortiraient par la cheminée, les phrases, iraient prendre langue avec le ciel - anges ou fumées. Les mouches à leur suite pourraient alors faire sur la lune – c’est ça qui expliquerait les phases, éclipses, avec un Bon Dieu qui chaque semaine fourbirait les cuivres à coups de touaille plus ou moins fermes.
[…]
Parabole des aveugles, ils pourraient bien, se tenant les uns aux autres, choir tous ensemble, être emportés par la pente du champ dont ils viennent de franchir la barrière, Jeanlou les a à l’œil du haut de sa vigie, ils s’avancent dans l’herbe haute qui commence à roussir au soleil, mais dans la nuit tout est noir, seule l’odeur leur parvient aux narines, sucrée, du foin à demi sec, c’est ça qu’ils sentent en marchant comme on peut dans cette embâcle végétale, à longues foulées, l’herbe se glisse dans les jambes des pantalons, elle chatouille les mollets nus, on a peur de la vermine.
Ils pourraient bien, oui, tomber d’un seul bloc, rouler comme un éboulis de roches jusqu’au ruisseau - dévaler jusqu’à l’eau, s’affaler dans l’abreuvoir, mais l’eau n’est plus cette eau qui stagne dans la retenue et qui sent la vase, les plantes pourries, l’eau pue, elle empeste la mort, et les deux masses énormes, là, qu’on distingue dans le noir, là où il n’y avait rien encore ce matin, plus jamais ne beugleront, affaissées dans le lit du ruisseau, écrasées par la mort, les vaches aux yeux mornes n’ont plus rien à regarder, la tête dans l’herbe et les pattes repliées, ils hurlent tous les cinq d’un cri terrible où tout se mêle, le grave et l’aigu, la femelle et le mâle, et les lampes reprennent vie comme sous l’effet d’une décharge d’adrénaline, comme si les mains communiquaient à l’acier froid les sucs exsudés par les glandes, elles fouillent l’amas sans forme des deux corps copieux, cet énorme poids qui pèse désormais flasque sur la terre, s’y enfonce comme il peut, vaille que vaille, pataudement, fait un nid de cadavres avec dans les orbites l’œuf pourri du regard.
Les lampes tâchent, par leur cheminement de lumière sur les échines, de donner du sens à cet amas de chair et de cuir, on ne comprend pas, on reste muet comme face à une langue inconnue, on découvre par lambeau, mais rien dans le noir ne donne l’ensemble, l’étendue de l’ensemble.
Stupeur.
Personne ne veut saisir, comprendre que les deux vaches sont mortes, que leurs dépouilles sont vautrées dans le ruisseau, formant le comble de la flaque, une crue de viande qui déborde sur l’herbe. Non, tout cela demeure plongé dans l’obscurité pénétrée par des éclairs de clarté, des zébrures hachées qui morcellent le tout, démembrent, de la réalité font un puzzle.
Et Dame Queuqueu tient droit devant une tête de vache sa lampe sourde dont la lumière sereine nimbe d’abeilles le frontal et les cornes, on dirait qu’elle fait osciller dans ses paumes un encensoir d’église qui diffuserait un halo brumeux en guise de fumée.
Personne ne s’exclame plus, personne ne dit plus rien, c’est un effroi. Qu’est-ce qui remonte de leur mémoire, du fond de leurs gènes, de leurs viscères, sinon d’antiques souvenirs de chasse, d’hommes noirs perçant à coups de lance, de sagaie, de grosses bêtes lentes, engoncées dans leur viande, éreintées par leur course à travers la plaine, et qui finalement s’abattent, se donnent aux armes de silex, patientent dans l’agonie tandis que déjà l’on découpe un cuissot, que l’on prélève le cœur pour l’offrir à des dieux ?
Nul ne bouge, pas même Milène, tous les cinq littéralement sont sidérés, subissent sur leurs épaules le poids du monde, de toutes les étoiles invisibles qui sont comme des pierres, un lest de silence et de nuit, comme un accablement de calcaire ; et
crie soudain de nouveau la Béret, dans un cri retenu qui déflagre sous la pression de l’air, à la façon dont pleure un nouveau-né à son premier respir : « Mais on a tué nos bêtes ! Basile, mais regarde, regarde, toi Dame Queuqueu, regarde, mais on a tué nos bêtes ! Mais regardez, voyez, mais on a tué nos bêtes ! »
Et Basile hurle en réponse à sa mère : « Mais on a tué nos bêtes, regardez, voyez donc, mais on a tué nos bêtes », et leurs voix se superposent, auxquelles se mêlent les voix de Patte-en-chêne et de Milène et les mugissements de Dame Queuqueu. Cela compose un monstre de syllabes, les lumières immobiles au bout des bras ballants éclairent l’herbe avec leur lueur froide. Une rumeur, rien de profond, des mots parlés du bout des lèvres où la gorge n’est pas de mise, où elle s’abstient du moindre écho, de toute résonance qui donnerait de l’ampleur. Tout doit être coincé entre lippes et dents pour quelque chose d’étroit, le rien d’un noyau de cerise comme celui que crache en direction du petit groupe Jeanlou, comme on crache sur les hommes le crachat du mépris.
Il y en a maintenant qui touchent, qui de la paume effleurent les mufles, palpent les oreilles, caressent les poils, et tout est mort.
On fait le tour des carcasses, on éclaire l’onde qui n’est plus qu’un gros sang noir, la conséquence de la disjonction cruelle de la viande et du sang, d’un hochement de la tête on considère la mort, et nulle étoile ne se reflète dans cet amas de caillots, nul spoutnik n’y réverbère sa pulsation, c’est grand calme tout juste froufroutant d’un friselis d’eau courante qui s’échappe comme elle peut vers la pente des collines et les marées de l’Atlantique.
D’eux cinq, on dirait de ces couteaux aveugles, plantés en bout de planche dans les jardins, pour le pied mou de la salade, pour la botte de persil. Tous les cinq, l’hébétement les a saisis, comme si leur était apparu un vieux dieu à face grotesque, et ce sont deux vaches mortes, un ruisseau plein de sang, qu’ils ont perçus dans la nuit. Personne n’a dans la bouche la parole qu’il faudrait, les mots de plain-pied avec le réel. Ils cracheraient, s’ils parlaient, des crapauds et des serpents, des mots tordus, des chemins creux de phrases. Ils sentent bien qu’au fond d’eux-mêmes se développe ce conte de fées cruel - cette grammaire mal bâtie - cette géographie bourrue. Ils préfèrent se taire - considérer la nuit dépourvue d’astres.
[…]
Et c’est à ce point précis de mon histoire que je saisis ce qu’y sont venus faire, rejaillissant drus de mon enfance comme, trouvant quelque faille où s’engouffrer, sourd à l’air libre la source enfouie, les personnages bancroches de Patte-en-chêne et de Dame Queuqueu, ces deux qui marchent en claudiquant dans le bocage et la parole, investis comme moi par une rage d’avancer et de parler, quand tout devrait les inciter à se tenir immobiles et silencieux, à se figer dans leurs muscles infirmes, jambe et cordes vocales, n’était qu’une fureur les habite de continuer à aller de l’avant comme moi d’écrire, d’abouter, de remembrer, de composer, de mettre ensemble, à l’opposé de Jeanlou qui, des hauteurs de son arbre, constelle le sol de points finals, chaque cerise mangée ravalant ses mots, les lui rendant comestibles et assimilables, à lui qui demeure sans mouvement ni verbe au milieu de son arbre, ayant cessé de vivre à la minute où son couteau lui a, par vache interposée, tranché la gorge - où il a définitivement castré sa voix, lui qui ne tiendra plus qu’un discours intérieur sur quoi ne chieront point les mouches, où il ne sera plus utile de tirer de sa cartouche le papier qui les tue, qui les fait dans la mort grésiller en une façon de langage dérisoire. Mes doubles : Patte-en-chêne et Dame Queuqueu, simulacres d’écrivain, de ce moi qui n’écrit qu’en zigzags, dans les hoquets du repentir et du doute, frayant mon chemin sans destination précise dans les encombrements de ma viande et de ma voix, rythmant mes bégaiements sur un pas d’éclopé, puisque l’écriture, ou si l’on veut le style, n’est pas cette marche facile et naturelle, pleine d’allant, vers quelque cible définie, la démarche pure, sans syncope, de l’homme délié de ses jambes, mais cet effort dans l’argile où s’engluent les empreintes, arrachant à la langue des bribes de langage mal articulé, tirant de l’aphasie des fragments de phrases - à rejointoyer par le moyen d’une grammaire âpre en bouche, le faux-semblant de la syntaxe lisseuse d’ornières.
[…]
Ici parlerait le noyau de cerise que Jeanlou garde dans le creux de sa joue, hésitant à le cracher dans l’herbe avec les autres, l’ayant dépouillé de sa chair de fruit et qu’il polit contre ses gencives, au point que l’infime œuf de bois (variante lilliputienne du leurre dont on abuse les poules pour les garder au nid), d’une propreté parfaite, rutilerait au soleil si le soleil devait jamais pénétrer dans la bouche de Jeanlou, s’aventurer parmi ses dents pierreuses, son palais, sa luette.
Ses frères noyaux reposent au pied de l’arbre, et ceux que le vieil homme n’a pas consciencieusement écurés de toute pulpe végétale, des fourmis les véhiculent à grand ahan vers leur fourmilière, contournant les obstacles, brins d’herbe, cailloux, gouttes de pluie.
« Il croit, Jeanlou, limer mon bois contre ses gencives, mais c’est sa langue que j’use de mon ourlet ; par où s’ouvre ma coque sur l’amande intérieure, mon p’tit cœur, constitué comme le cœur des hommes de deux ventricules soudés, dont seul le germe (un coup de dent ?) pourrait dessouder les valves ; et germe comme cette grosse veine qui sort du cœur de Jeanlou pour se gorger d’oxygène - qu’il m’avale tout cru tout rond, je germerai dans ses boyaux pleins de pulpe de cerise, arrosé de ses sucs, chyles, de sa salive, comme détrempés de son urine germeront mes frères noyaux au pied de l’arbre notre père, se déploieront en cerisiers - moi : je serai arbre aussi, mais dans le ventre de Jeanlou, causant, à mesure de ma pousse, péritonite et déchirure de ses viscères, au point qu’on s’écriera, l’auscultant le docteur, mais il a un cerisier qui lui pousse dans le ventre ! et alors rugira la science incrédule.
Et plus tard, bien plus tard si l’on ne parvient à m’extirper de sa chair (et nulle médecine n’y aura d’efficace, ni le bistouri du chirurgien ni la hache du bûcheron), je darderai au travers du vieux corps de Jeanlou ma verticalité d’arbre vigoureux, poussant d’un côté mes racines pour, lui crevant le fondement, tâcher à gagner la terre, de l’autre forant son œsophage et sa bouche afin de m’ouvrir une voie vers le ciel, d’assurer mon aplomb dans ce champ, trouvant dans cette eau qui le traverse la couleur rouge dont mûrir mes cerises maintenant que des bêtes y sont mortes, et Jeanlou me servant, pitoyable humus en suspension dans le firmament, d’épouvantail contre le bec des merles : homme tronc muni d’un regard plein de sève, Jeanlou devenu cerf, arborant, qui lui sortira des orbites, une ramure animale épanouie en fleurs blanches en avril pour se couvrir au début de l’été de ces cœurs de pigeon qui lui rappellent, au vieux Jeanlou, les lèvres pourpres de Milène et celles, plus lointaines, moins actuelles, de la vieille Mathilde.
Tel est, s’il m’avale sans me croquer, sans broyer mon amande, le devenir assuré de Jeanlou, son devenir de cerisier, d’arbre vivant par-delà sa mort ;
à quoi l’on ne pourra contrevenir si mon bois le traverse de part en part, prend possession de ses membres et de son torse, de sa tête et de ses tripes, comme je m’essaie à m’emparer, mais graduellement, sans à-coups ni excessive arborescence, lui laissant l’illusion qu’il est encore un homme, du corps de Patte-en-chêne, gagnant dans ma crue lente toute sa jambe jusqu’à la cuisse, et son cœur est aussi touché, pris dans l’étau de mon écorce, sa gorge, c’est à peine si ce matin, d’avoir tant crié Jeanlou dans la nuit noire, il avait encore la ressource de causer… »