Lionel-Édouard Martin — 21 février 2006
La pensée poétique n’est pas un construit programmé, une architecture dont l’économie, fondée sur l’élémentaire, tendrait vers un système organique, un terme habitable de bonne distribution dont l’occupation satisferait l’esprit. Nullement planifiée, elle jaillit, comme l’étincelle du heurt de deux silex, de la rencontre aléatoire de mots appelés à l’entrechoc par l’image ou l’assonance. C’est l’affaire du poète que de la recueillir et de l’héberger, de la nourrir des matières nécessaires à son entretien – d’en faire une couvée de flammes, indéniables, mais d’essor imprévisible, capricieuses et difficiles à domestiquer. Le poète, comme l’orage foudroie le sol sans souci d’ordonnancement de ses brasiers, allume ainsi des feux dont il est l’auteur involontaire, puisque l’éclairage de son texte, les torches censées ponctuer son chemin déterminé par d’autres facteurs, établissent autant de fanaux constitutifs et fondateurs de son itinéraire.
Lionel-Édouard Martin —
L’alto met en vibration dans le ventre un chantier de mémoire : comme un puits bouché, redécouvert par le sourcier sensible au rythme des eaux souterraines – à qui l’on a fait appel, si la lumière a tari toutes les résurgences, et qu’il faille aller dans la peau de la terre, scarifier l’air à coups de baguette, jusqu’à l’immobilité du pied, la statue de sel qui dit « c’est là » - et la fourche de coudre (essence légère, plus babillarde que le chêne, proche du peuplier, friand aussi d’humidité) – la fourche parle entre tes paumes, se cabre, encense – un cheval dans le bois, l’étalon rugueux, flaireur de pouliches dans la brise. Je revois l’animal tout de courbes et crinière, musculeux, qui, puissant, prenait l’orient de sa femelle, et son long sexe offert au vent, dans l’instinct de l’odeur à porter au-delà du pacage, vers l’herbe ouverte aux paires – mordillements d’échines, de chignon, et longue saillie, parfois, jusqu’à l’effusion de la semence, d’où germeraient, sur le vert épanchés, le silex et la foudre, l’autre source, convulsive, où la musique s’emplit de pulsion régulée par le langage.