Tu marches dans Paris, bientôt viendra la neige…
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Tu marches dans Paris, bientôt viendra la neige, déjà tu la prédis, neige interrogatrice, n’ai-je ?… et que donc n’as-tu pas, ton questionnement scrute le ciel comme un foie d’animal.
Augen dit l’allemand pour œil. Augure : quel oiseau, parcourant l’horizon de main gauche à main droite, percera ta poitrine, bourrasque ou flocon, faisant battre ton coeur au rythme de son texte ?
C’est là ce que tu lis : tu suis de l’œil un devenir de neige, il te pénétrera comme l’antique voix des mâcheurs de datifs, choyant depuis le ciel avec les météores.
Paris s’apprête à recevoir le lait bourru, la giclée de pigeons sur ses zincs et ses dômes ; regard lancé vers la mamelle, à quoi bon tes mains d’homme si tu n’y peux toucher ?
Donc tu scrutes le ciel, trayant de ta pupille le blanc lointain. Le monde est un pis de génisse au revenir des prés, gouvernes-en le jet par la parole, comme on guide à la voix le travail du grutier.
Bientôt le blanc va s’ébrouer parmi la ville à grands tremblements de colombes. Alors, par quel acte d’amour renommer toute chose ?
La langue est en jachère, nulle rupture dans les murs jointoyés par l’hiver, nul mot ne s’envisage, les miroirs béent en vain.
Voici de retour l’innommé de l’enfance, quand la mort ne creusait pas encore ta bouche, mais sans les choses habitables, et nul regard ne s’ébahit d’en ignorer le contour et le nom.
Garde silence, il suffirait d’un souffle à la résolution des neiges ; à peine une parole heurte-t-elle un flocon, elle en délie la voix comme le coup de bec commue la grappe en jus.
Alors fluerait le chant, la giclée du pressoir en chuintement des plèvres. De nouveau : mobile, ô ton corps de parleur après le sang figé, la rose impérative où crucifier ta bouche.
Garde silence ou tu devras parler, remâcher le chant rouge avec ton amertume : tant d’autres chants clivés moirent les surfaces, tombés des nues et des crêtes des âges !
Tu creuses ton parcours dans cette épaisseur, tu t’enfonces dans le blanc jusqu’à mi-cuisse – mais tu t’extirpes de ce dire, t’enfuis loin de tes lèvres, et comblera ta soif l’eau gelée des fontaines.
Marche pour le retour des mots, troue de clairières le silence blanc. Syllabe à syllabe, chacun de tes pas recompose la langue, perce un chemin dans les méninges de l’opaque, où ne pénètre pas la mésange infime.
Tu crépites, rouge-gorge, sur la neige, un chant paradoxal pépie dans ta poitrine. Tressaute, feu minime, la bougie ne fond pas sous l’escarbille, ton cri
Ne puise qu’en toi-même sa provende.
Silex heurté par le blanc, moineau de peu de chair, ton tison n’entre pas dans la moelle des neiges : mais dans la bouche du poète, est-il une voyelle
Pour épargner l’épaule où mord son souffle ?
Corps de neige, étoiles et mots de morts, lait venu de l’ardeur et de tes yeux, mémoire ; bouche bée en vue d’agapes, tu envisages la parole, ses laisses sur la ville, ta langue gourde esquisse un croisé de syllabes.
Tends la lèvre à l’hostie, consacré corps de neige, cyclamen à ta bouche : et fleurit en vitrail le flocon, verre et pierre à ton œil.
Ô la neige intègre te pénètre, s’anime au rythme de tes mots, colombes dans tes paumes, éclats d’écrit sous tes paupières ! L’instant soudain brûle en parole, escarboucle, épiphanie de pourpre sur la neige !