Le blog de Lionel-Édouard Martin

Solo d’alto (sur Inside de Pascal Dusapin)

Lionel-Édouard Martin — 21 février 2006

L’alto met en vibration dans le ventre un chantier de mémoire : comme un puits bouché, redécouvert par le sourcier sensible au rythme des eaux souterraines – à qui l’on a fait appel, si la lumière a tari toutes les résurgences, et qu’il faille aller dans la peau de la terre, scarifier l’air à coups de baguette, jusqu’à l’immobilité du pied, la statue de sel qui dit « c’est là » - et la fourche de coudre (essence légère, plus babillarde que le chêne, proche du peuplier, friand aussi d’humidité) – la fourche parle entre tes paumes, se cabre, encense – un cheval dans le bois, l’étalon rugueux, flaireur de pouliches dans la brise. Je revois l’animal tout de courbes et crinière, musculeux, qui, puissant, prenait l’orient de sa femelle, et son long sexe offert au vent, dans l’instinct de l’odeur à porter au-delà du pacage, vers l’herbe ouverte aux paires – mordillements d’échines, de chignon, et longue saillie, parfois, jusqu’à l’effusion de la semence, d’où germeraient, sur le vert épanchés, le silex et la foudre, l’autre source, convulsive, où la musique s’emplit de pulsion régulée par le langage.

Pas de commentaire

Pas encore de commentaires.

Fil RSS des commentaires pour cet article. URI de Trackback

Désolé, les commentaires sont fermés pour le moment.