Le blog de Lionel-Édouard Martin

Col de chemise, colombe

Lionel-Édouard Martin — 29 septembre 2007

texte paru dans la revue Riveneuve Continents, n° 3, hiver 2005.

Col de chemise, colombe, et carotides à pattes rouges ! Je marche à pas d’oiseau vers un envol, vers l’embouchure à fleur de peau

Des aortes célestes.

Monde pourpre à mes paupières, pulsations de mes rémiges, que je ferme l’œil, le ciel y prend source et ce n’est plus le jour mais la nuit que je perçois : j’avance à glissements de plumes

Parmi les mots nocturnes.

Nuit coeur vaste, je vais dans ce vêtement blanc, mes battements d’ailes tirent parti de l’air, je becque migrateur l’airelle

Que l’on appelle étoile.

À mon cou l’essor blanc, la lettrine mobile où s’illustre le ciel : je porte une consonne contre mon torse et quête une voyelle

Au milieu de la nuit.

Cohortes célestes : et tout est chair dans un contexte d’astres, l’estuaire où j’ai projet d’écrire mord aussi tendrement le ciel

Que la lettre le verbe.

En syllabe accompli : pennes soyeuses de mon col, colombe à l’o multiple et sang sphérique dans son corps, voici qu’un cœur se donne en battements binaires, consonne à l’initiale,

Voyelle à la systole.

Grappe, ma colombe, paragraphe à l’envol ! et ton essor projette sur la nuit les signes du zodiaque, j’ordonne par tes ailes

Le chaos des étoiles.

Il m’a suffi d’une échancrure, d’un delta blanc sur ma poitrine, pour convaincre le ciel d’écritures : et le sens gicle d’une argile

Pétrie d’ailes de scribe.

Ô ma colombe, je m’incarne en ton aile écrivaine, je trace à coups de pennes sur la nuit l’idéogramme où l’animal dompte sa rage,

Contraint sa force obscure.

Paix dans nos veines, oiseau sans lèvres et qui modèles dans ma glaise un chant pourtant complexe : où convergent nos sangs je vaque à la parole, ton bec métamorphose

En verbe le cri gourd.

Parole d’oiseau c’est : à ton bec un sourire comme à la pierre une aile, à mon cou ta feuille instruite de lumière et qui scande un propos

Sous l’émotion des brises.


Anecdites

Lionel-Édouard Martin — 6 septembre 2007

Ces textes ont paru dans le n° 86 (printemps 2004) de la revue Friches. Ils y côtoyaient cinq poèmes du très regretté Jacques Simonomis.

Allant à l’escargot un soir d’ondée maman
dans les labours en bottine de vache (et le
faisceau des lampes flairant la gluance un plein
seau de plage à ton bras qui bavait yeux bandés)
donc cheville tordue écrasa le mollusque
à double sexe et la géométrie de la
spirale ouverte à l’infini au partir du
point d’ombilic gravé dans la coquille avec
les galaxies en boule au dessus de nos têtes

In memoriam Pierrot Brantôme son bastringue
et autres virtuoses du piano du pauvre
quand swinguaient sous parquet valse et polka musette
(années cinquante et quelques) brillantine en brosse
toiletté Mon Cadum et Signal aux menteuses
on échangeait en gage d’amour éternelle
des photos noir et blanc l’appareil à soufflet
singeant l’accordéon dans l’échoppe sur cour
où frilait l’échalote en appartements borgnes

Allons en basse-cour saisir au cou la bête
ailée mais rogné son envol nous laisse au doigt
la plumette électrique (à peine pour écrire
poulet ou madrigal) la volaille était coite
au soir en poulailler les oeufs couvis épu-
rant leur ellipse au fond des nids énigmatiques
comme au poème l’e caduc en cul de poule
or y puisait tante Thérèse à pleine poigne
les corps compacts pourvoyeurs d’édredons et de
benoît sang d’homme rondement nourri de ciel

Mais à cueillir la pomme à mi-ciel on entend
râler l’ange (ou s’il jouit) de plus près les deux pieds
sur l’échelle et la main sur le fruit qu’avons-nous
donné d’autre au panier que le regard de l’arbre
qu’il voie entre l’osier la terre assise en pose
de qui plume l’oisel à gestes de semeuse
ainsi qu’en timbre poste ou franc d’argent le coeur
ouvert à souvenance et révérence aux morts

Aimons-nous cher amour au temps qu’on fane avec
griffus râteaux comme pattes de chats géants
fumelles en fanchon et lui qui nage en foin
ce disait à la fille le Propriétaire
à boîtes de couleurs il posait près des haies
chevalet et gilet de velours portait-il
en breloque monocle ou soleil conjonctives
au plein été rougies que c’est sanguine en car-
nier pastels et fusains avec la lièvre morte
et fleur botanisée pour l’herbier maternel

L’hiver qu’on écrête les coqs toiles herbées
en embouche où rouler volatiles flambés
et pourceaux en quartiers trouvées gourdes aux champs
couvrant chemin de taupe et réverbérant vol
d’ageasse vous aimer très chère au pied du feu
marcheur de solitude et que brisant l’amande
jumelle on fasse philippine au matin clos
comme baraque de forains où s’ouvrait le
nougat et berlingot en l’août carillonné