Anecdites
Ces textes ont paru dans le n° 86 (printemps 2004) de la revue Friches. Ils y côtoyaient cinq poèmes du très regretté Jacques Simonomis.
Allant à l’escargot un soir d’ondée maman
dans les labours en bottine de vache (et le
faisceau des lampes flairant la gluance un plein
seau de plage à ton bras qui bavait yeux bandés)
donc cheville tordue écrasa le mollusque
à double sexe et la géométrie de la
spirale ouverte à l’infini au partir du
point d’ombilic gravé dans la coquille avec
les galaxies en boule au dessus de nos têtes
In memoriam Pierrot Brantôme son bastringue
et autres virtuoses du piano du pauvre
quand swinguaient sous parquet valse et polka musette
(années cinquante et quelques) brillantine en brosse
toiletté Mon Cadum et Signal aux menteuses
on échangeait en gage d’amour éternelle
des photos noir et blanc l’appareil à soufflet
singeant l’accordéon dans l’échoppe sur cour
où frilait l’échalote en appartements borgnes
Allons en basse-cour saisir au cou la bête
ailée mais rogné son envol nous laisse au doigt
la plumette électrique (à peine pour écrire
poulet ou madrigal) la volaille était coite
au soir en poulailler les oeufs couvis épu-
rant leur ellipse au fond des nids énigmatiques
comme au poème l’e caduc en cul de poule
or y puisait tante Thérèse à pleine poigne
les corps compacts pourvoyeurs d’édredons et de
benoît sang d’homme rondement nourri de ciel
Mais à cueillir la pomme à mi-ciel on entend
râler l’ange (ou s’il jouit) de plus près les deux pieds
sur l’échelle et la main sur le fruit qu’avons-nous
donné d’autre au panier que le regard de l’arbre
qu’il voie entre l’osier la terre assise en pose
de qui plume l’oisel à gestes de semeuse
ainsi qu’en timbre poste ou franc d’argent le coeur
ouvert à souvenance et révérence aux morts
Aimons-nous cher amour au temps qu’on fane avec
griffus râteaux comme pattes de chats géants
fumelles en fanchon et lui qui nage en foin
ce disait à la fille le Propriétaire
à boîtes de couleurs il posait près des haies
chevalet et gilet de velours portait-il
en breloque monocle ou soleil conjonctives
au plein été rougies que c’est sanguine en car-
nier pastels et fusains avec la lièvre morte
et fleur botanisée pour l’herbier maternel
L’hiver qu’on écrête les coqs toiles herbées
en embouche où rouler volatiles flambés
et pourceaux en quartiers trouvées gourdes aux champs
couvrant chemin de taupe et réverbérant vol
d’ageasse vous aimer très chère au pied du feu
marcheur de solitude et que brisant l’amande
jumelle on fasse philippine au matin clos
comme baraque de forains où s’ouvrait le
nougat et berlingot en l’août carillonné
