Le blog de Lionel-Édouard Martin

Miroirs des jardins tropicaux (extrait)

Lionel-Édouard Martin — 6 mai 2008

Haïti, 29 avril 2007

Un homme étrille rudement la terre avec un balai de palmes : syllabe au bout du geste courbe ; frottis de consonnes à même le sol, bref de coups nerveux.
J’y quête un rythme : en vain, nulle régularité dans le ressac, tributaire de l’humide et du sec, de la caillasse ou du pavé, de la racine affleurante. Un monde en miniature, terraqué, minéral et végétal, brossé par un bruit discontinu, mais invariablement pareil : tel, gouverné par l’instinct, le nouveau-né s’exprime en pleurant. Parole en puissance : mais en quel idiome, ici, pourrait muer ce crissement ? C’est qu’est morte, ustensile devenue, la palme initiale, où l’oiseau s’inspirait du ciel, vocalique et non-fini, sans rien qui le ponctue. La pluie – mais fine, pondérée, porteuse de la juste mouillure – lierait possiblement en cours fluide ces bribes. Mais j’envisage un paragraphe de grand bleu : rien ici-bas n’aura d’attache ; ce matin pas plus qu’hier, nulle bouche n’unira l’épars.

*

Il pleut, pourtant, d’un coup : vent nul, la pluie tout à l’aplomb du monde ruisselle sur les troncs lisses, entraîne vers l’aval un cheminement dru d’insectes, de lézards ; la graine sèche, la gousse, éprouvent soudain la charge d’eau nécessaire à la pérennité de l’arbre : et c’est une joie végétale dans les branches, parmi le crépitement, sur la tôle des toits, du riz propitiatoire ; liesse, donc, du sol vivant, buvant, dans le charroi de bêtes et des choses vers ce silence où les morts, à l’instant renés, béent de toutes leurs paroles, ailées d’averse.